vendredi, 06 avril 2007
Lettera di Liegi (+ Nunzio reste de glace)
À la question que personne ne me pose, de savoir si je publie ces pièces par esprit de vengeance ou par inimitié, je réponds franchement non. Nul doute, si j'étais resté en Europe, que l'on m'aurait demandé de prendre part au projet In Situ. Et ma réponse eût été négative. Je ne veux pas écrire « à la manière de » ni « dans la mouvance de », ni « sous le patronage de » (Debord, Sollers — entendu que ces deux-là auraient tout, absolument tout compris et qu'on ne peut plus penser sans constamment se référer à leurs mânes). Je combats donc In Situ et ses idées, sa rhétorique fumeuse, son intellectualisme bouffi, son hédonisme cocasse et gloussant. Mon opposition est littéraire et politique. In Situ est à l'exact opposé de ce que je voulais faire, de ce que je croyais pertinent de faire, avec le projet avorté. Ceux qui pensent que faire de la littérature c'est bavarder sur la littérature, ceux-là sont mes ennemis. Il se fait que parmi mes ennemis littéraires je compte trois excellents amis, trois hommes qui, dans la vie, sont bien moins chiants que lorsqu'ils écrivent (sauf le poète du trio — David Laurens Atria —, parce que, peut-être, justement, il ne se prend pas pour un écrivain, et lorsqu'il écrit, ce n'est pas en pensant qu'il fait de la littérature, ce n'est pas en se rêvant nouveau Debord, nouveau Sollers, nouveau Retz ou nouveau Gombrowicz). Au moins ce garçon-là, dont la cervelle n'enfle jamais et qui est intelligent en ceci qu'il n'éprouve pas le besoin de le démontrer sans cesse, a compris d'instinct qu'il ne faut point confondre expansion cérébrale de soi et littérature.
J'ai donc publié dans ma note précédente, après une nécessaire introduction, la lettre envoyée à Raphaël Denys quelques jours (le temps de la réflexion) après le lamentable échec de notre réunion parisienne. Dans l'intervalle, j'écrivis à Nunzio D'Annibale et lui confiai mes impressions. Il me répondit. Je donne ci-dessous ma première lettre (Lettera di Liegi) et la réponse que Nunzio me fit (Nunzio reste de glace). Je fais suivre cette lettre d'un addenda. Je réserve pour une troisième note (la dernière à ce propos ?) ma lettre (à N. D'Annibale) J'enfonce le clou.
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Lettera di Liegi (Ygor Yanka à Nunzio D'Annibale, 10 mars 2004)
C'est toujours pour moi très pénible de rentrer en Belgique après une escapade parisienne. Les gens ici sont infâmes de laideur, et tout est lent, malade. J'aime les visages et la variété des visages. Le visage liégeois est de papier mâché, grisâtre, funeste. Pas de quoi brosser de plaisants portraits. À Paris, rue des Rosiers, j'ai vu en quelques minutes plus de physionomies intéressantes que je n'en pourrais voir ici en un an d'observation assidue. Je n'ai pas pour Paris cette fascination imbécile et snob qu'a Valérie, mais Dieu que je voudrais y habiter ! Rien ne me retient ici que la dèche.
Il m'en a couté 86 euros de rentrer seul par le Thalys, mais je ne regrette pas un seul instant ma décision. Je ne pouvais pas, après ce qui s'est passé, rentrer avec le couple de touristes belges, ni moins encore dormir chez eux dimanche (1). Raphaël ayant refusé le rendez-vous de 11 heures chez toi (2), je me devais, par réaction, de n'être pas à celui de 18 heures pour prendre le bus du retour. J'ai agi, contrairement au petit monsieur, en homme libre. Orgueil très bien placé, je trouve.
Toujours beaucoup de mal à comprendre cette volte-face dudit petit monsieur. Notre pur stratège (à l'entendre) s'est pris les pieds dans le paillasson de ses propres contradictions. Ses « justifications » bredouillées ne m'ont convaincu que d'une seule chose : c'est qu'il n'est pas, comme homme, à la hauteur de ses écrits, comme tu l'as d'ailleurs toi-même diagnostiqué. Ce doit être pénible pour lui : il vomit et conchie les « ressentimenteux » et les frustrés, et voici qu'il est accablé d'une femelle au snobisme hilarant, ressentimenteuse à souhait et frustrée ô combien. Il en est accablé tout en en jouissant, dirait-on. Aimerait-il cela ? Avec elle, il sera toujours beau et intelligent, quand bien même ne comprend-elle pas le tiers du quart de ce qu'il raconte. Le serait-il autant avec... Maria (3), par exemple ? Certainement pas. C'est l'évidence même. Je voudrais bien avouer avoir été peut-être ébloui dans mon jugement par la beauté singulière de Maria, mais de belles femmes, j'en ai approché des centaines qui ne l'étaient que plastiquement. Pour le reste : des guenons prétentieuses, poseuses, grossières et épaisses du bulbe rachidien. Tout ce que n'est pas Maria. Tout ce qu'est Valérie, en plus d'être ressentimenteuse et frustrée. Cette histoire des photos de David... Lamentable ! Madame voulait son heure de gloire, et tu n'as pas joué le jeu, vilain bonhomme ! Tu dois te souvenir qu'elle nous avait déjà fait le coup chez moi en voulant installer un débat sur les femmes (toutes frustrées, selon elle), alors que nous discutions de notre projet. Elle a réessayé chez David, croyant que Maria allait entrer dans son délire par solidarité féminine. Mais Maria n'a pas été dupe une seule seconde et l'a envoyée paitre avec autant de calme que d'élégance, en une phrase sans réplique. Du grand art ! L'hystérie fut promptement mouchée, renvoyée au néant.
David est peiné, mais je lui ai recommandé d'être moins sentimental. Il est peiné de la tournure des évènements, mais aussi pour notre amitié, à Raphaël et moi. Car je chercherai pas à contacter Raphaël. Je suis fidèle en amitié, mais là, j'ai un peu le sentiment d'avoir été trahi au moment où je m'y attendais le moins. Trahi, donc poignardé. Yanka pas maso. Je peux certes revoir Raphaël et passer avec lui de longues heures à discuter, mais il a introduit dans notre relation un soupçon que je ne suis pas près d'oublier et qui fera de moi désormais un ami méfiant et certainement très ironique. Qu'est-ce qui lui a pris ? Jalousie ? S'est-il senti mis en infériorité par son envie de bavardage verbeux et pensif alors que nous étions d'accord pour discuter plutôt des aspects pratiques ? Il a mal pris le fait que je dénonce sa tendance à l'autocratisme (qu'il nous reproche par ailleurs) ? Aurais-je touché là un point sensible ? Je connais le bonhomme et plus d'une fois j'ai perçu chez lui le désir d'être un conducator, à la manière Debord ou Breton. Beaucoup de personnes le lui reprochent d'ailleurs, à tort parfois, parce qu'il fume d'énormes cigares et porte volontiers le gilet et la cravate, comme un important de ce monde. On ne juge pas quelqu'un sur de si faibles indices. Son intellectualisme me fait frire parfois, et je ne le lui ai jamais caché (lire à ce propos nos correspondances dans la partie publique de mon site). A-t-il cru qu'il m'avait enfin mis dans sa poche ? Et voici que nos divergences éclatent au grand jour. Je suis pour une littérature sensible (mais non sentimentale !) et lui pour une littérature pensive. Je pense à mes personnages, et lui à ses idées. Je n'ai que faire d'une littérature qui pense la littérature. Je préfère décrire mes pantoufles.
Sa réaction suite à ma « lettera amorosa » me reste en travers de la gorge. Orgueil cette fois mal placé ? Plutôt incompréhension. C'est pourtant bien Raphaël Denys qui écrit dans son Tombeau de Nanaqui : « Au royaume du gland aphasique et du clito aphone il sera toujours bon de rappeler que l'amour n'est viable que verbalisé. » Qu'ai-je fait dans cette lettre à Caroline, sinon verbaliser mon amour d'elle ? Mais voilà : ce qui est permis au grand Artaud ne l'est pas au petit Yanka. Artaud peut écrire : « Tu sens bon. Tu es somptueuse et douce. Tu es inaccessible et très proche et toute menue », etc. — mais Yanka Ygor ne peut pas écrire : « Je t'aime hystérique, parce que tu es alors viscérale. Un magmagnifique. Quelque chose comme une femme-monde, déesse tellurique crevant la croute terrestre et brandissant ses foudres. » Pas assez littéraire. Comprenne qui pourra... A-t-il déjà seulement écrit à une femme autre chose que des citations de Sollers, de saint Augustin, de Bossuet, entre deux pensées sur le Verbe et la Littérature ? On se le demande ! Ma lettre à Caroline (11 aout 96 et que vous trouverez dans la partie publique de mon site, si toi ou Maria voulez la relire à tête reposée) était intitulée Mon immortelle, mon impatience, mon souci — soit trois fleurs, mais aussi trois qualités. Aurais-je dû, pour complaire au petit bonhomme et obtenir son blanc-seing, ajouter « ma pensée » ?
Je suis en colère, mais d'une colère froide. J'aurais pu lui pardonner de n'être pas au diapason, mais tout ce dédain et cette grossièreté finale pour couronner le weekend, ça me hérisse le poil vigoureusement. S'il est bon d'avoir du style en littérature, il est bon aussi d'en avoir dans son comportement, surtout quand on se prétend aristocrate. Décidément, non, je ne pouvais pas reprendre la route avec des touristes.
Merci encore pour les trois livres. J'ai achevé Jourde hier soir. J'avais lu déjà le journal de Klee il y a plus de 15 ans et en avais gardé bon souvenir (les journaux de peintres sont parfois meilleurs que ceux des écrivains). Je vais le relire. Tu remercieras aussi pour moi la reine Maria pour sa gentillesse, sa sympathie sans pose ni esbroufe, sa charmante simplicité, sa discrète intelligence et, si je puis me permettre, son magnifique regard : un millefeuille chaud parfumé au gingembre.
À te lire, cannibale !
The incredible Mister Y.
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Nunzio reste de glace (Nunzio D'Annibale à Ygor Yanka, 12 mars 2004)
Merci pour ta lettre. Merci pour l’éloge de la reine Maria, que j’approuve à cent pour cent. Ton analyse à propos de Raphaël me parait on ne peut plus juste. Surtout dans sa relation à la domination intellectuelle. Maria se rappelle de Valérie affirmant, vendredi soir, ne pas pouvoir lire le journal sans Raphaël. Ce qui est extrêmement grave. Cela me rappelle étrangement une lettre à Valérie, qu’on peut lire sur ton site. Tu avais déjà su voir ce défaut chez elle : s’en remettre entièrement aux hommes pour savoir ce qu’elle DOIT penser. Bref, tu la mettais en garde contre toute relation didactique avec un homme. Et comme tu as raison ! Car le didactique, c’est l’ennui, c’est l’école prolongée ! La mort ! Quand on ne s’explique pas, quand on ironise, on laisse cours à toutes les interprétations, et alors on ne peut plus s’en plaindre. Raphaël s’est surement aperçu d’un coup qu’il avait à faire à deux autres fortes têtes. Je ne choquerais pas David en affirmant qu’avec Raphaël il est dans l’admiration plus que dans l’affirmation de soi. Seulement, depuis ce soir-là, David lui-même affirme son désaccord, et avoue avoir perdu un peu de son admiration. Et cela, Raphaël — le bougre n’est pas tout à fait un imbécile — l’avait senti avant vendredi soir. Il était inquiet, peut-être, de l’admiration de David pour moi, de notre accord inattendu. Un jeu d’influence qu’il n’avait surement pas prévu, nous considérant probablement pour des Valérie bis, tiers et quart. Et quand on sait que je pense que Valérie n’a rien à apprendre de Raphaël, on imagine ce qui l’en est de nous trois. S’apercevant de cela, s’apercevant qu’il ne dirigerait pas la revue vers ses propres lubies, il s’est mis hors jeu. Mais j’avais déjà assez d’estime pour Raphaël ! Au point de mettre mon orgueil de coté en proposant une réunion le lendemain, pour avancer et non pour ruminer les mêmes choses. Réunion qu’il refusa, préférant un tourisme intellectuel que je conchie. Valérie a surement plus d’aptitudes que nous à avaler du charabia comme le nectar des dieux. Là réside tout son intérêt pour le sieur Raphaël, qui est un professeur qui s’ignore. Je l’imagine en adoration devant ses petites élèves en jupettes, et elles lui répétant : « Redites-nous ça, Professeur Denys, nous n’avons rien compris, c’était tellement beau et élevé. » Et lui, bandant, de répéter son charabia.
Quant à Debord et à son prétendu dirigisme, je n’y crois pas trop. Breton, il est vrai, a laissé le surréalisme vivoter sans passion, s’académiser, si tu veux, ce que Debord a toujours réussi à éviter. Et ton geste ressemble étrangement au style de Debord, geste magnifique, soit dit en passant, qui ne fait que confirmer toute mon estime pour toi.
Quant à Raphaël, à moins d’un miracle, je n’estime plus que ce qu’il écrit. Je lui laisse encore deux ou trois jours pour réagir, notamment à la lettre de David (ci-jointe). Un miracle, ce serait une réaction claire, nette et précise, presque un aveu. Dans le cas contraire, je ne veux plus en entendre parler. J’espère seulement que ses textes ne finiront pas par lui ressembler.
David interprète les choses autrement. Raphaël aurait été vexé par nos emails, et surtout par ta saynète et l’hypothèse du dictateur. Peut-être. Mais quel manque de réaction, et sous quel grandiose prétexte ! Chinoiserie stoïcienne qui n’a rien à voir avec Lao-Tseu et compagnie ! Sous prétexte de « tempête dans un verre d’eau », et autres raphaëleries ! Quel manque de stratégie, quelle sentimentalité ! Au lieu de nous prouver le contraire, M. Denys devient exactement le personnage de ta saynète, la nature imite l’art ? Trop c’est trop ! Quel manque de savoir-vivre ! Il se croit au Paradis et il est en Enfer, ce sera ma conclusion.
Maria te renvoie une série de compliments extrêmement sincères. Sais-tu que rien qu’avec tes lettres et autres interventions, elle avait déjà affirmé une préférence pour toi ? La force du style, qui nous décrit mieux que la description ! N’est-ce pas ?
À bientôt, j’en suis sûr, ami, Liège ne te mérite pas ! Je bois un café à ta santé !
Nunzio le zionun oiznuné ! Et Maria l’excellentissime !
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Addenda
Nunzio D'Annibale et moi étions ainsi sur la même longueur d'onde pour condamner les desseins inavoués et les méthodes du « stratège » pékinois. Nous sommes restés tous les deux bons amis avec Raphaël Denys. Lorsque, début 2005, ce dernier a reçu chez lui un appel favorable de Philippe Sollers pour son manuscrit (Le tombeau de Nanaqui, devenu Le testament d'Artaud), je l'ai félicité chaleureusement. Je rappellerai au passage que je suis l'auteur de la première critique — laudative — du Testament d'Artaud (dans le Journal de la Culture). Je n'ai donc pas gardé rancune à mon ami... sauf que je me suis juré de ne plus jamais travailler avec lui sur un semblable projet.
En juin 2005, je laisse la Belgique à ses moules. Moins d'un an plus tard, j'apprends par un mail de David Laurens Atria que mes trois ex-partenaires lancent une revue : In Situ. Je la découvre et constate, effaré, triste, rigolard enfin, que son contenu correspond à tout ce que nous ne voulions pas faire avec le précédent projet : des sollerseries. Que s'est-il donc passé ? C'est simple : le chat Yanka parti, cet empêcheur de grignoter et d'obscurcir en rond, la souris chinoise Denys a remis les deux autres au pas. Il faudra un jour que je dénombre ceux qu'il a chinoisés, et c'est presque une armée déjà. Comment fait-il ? Eh bien, il parle de littérature et d'art, sans cesse, en étourdissant ses proies à coups de références et de citations (rarement pertinentes, j'en sais quelque chose). Comme il a soin de ne choisir ses victimes que parmi les demi-imbéciles et que ces derniers pullulent (en Belgique surtout, à Liège plus encore, à cause de la drogue, de la boisson et du socialisme qui font là-bas des ravages), les candidats à l'hébétude finale se pressent au portillon.
Notes
(1) - R. Denys habitait alors de manière intermittente chez son amie dans la région montoise. Nous avions pris à Mons le bus pour Paris. Nous devions rentrer en Belgique de même et je devais, comme la veille de notre départ, dormir chez eux, ne pouvant rentrer le soir même à Liège par le train.
(2) - Notre réunion, houleuse dans sa partie finale, s'était achevée à l'aube. Bon prince, et se doutant peut-être que la boisson ingurgitée en masse (les deux gaillards ayant carburé au whisky) avait pu mettre en pelote deux ou trois nerfs très sensibles (surtout chez les grands mâles toqués de littérature), Nunzio D'Annibale avait proposé de nous revoir vers 11 heures chez lui. Raphaël Denys avait décliné l'offre et il la déclina encore à l'heure dite quand notre émissaire, le très conciliant David Laurens Atria, rentra bredouille d'une mission diplomatique. Raphaël Denys craignait évidemment d'être à nouveau mis en minorité et ridiculisé aux yeux de son amie. Il avait donc, pour rétablir auprès d'elle son prestige écorné, programmé une visite à Beaubourg (où personne ne le contredirait s'il proférait des âneries, et où ses obscurités seraient bues comme pures lumières).
(3) - Maria de França e Silva, la compagne — actrice — de Nunzio D'Annibale et ancienne petite amie d'un écrivain français très connu. Apparait dans Podium, le film de Yann Moix.
Illustration : Jérôme Bosch, Sorcières et démons (détail).
00:08 Publié dans Archives I : Bellum | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : In Situ, Raphaël Denys, Nunzio D'Annibale, David Laurens Atria






Commentaires
Excellente note ! J'aime bien votre style. Raphaël Denys veut devenir hommedelettres ? Tant pis pour lui. In Situ ? La transgression à la portée des caniches nains. Associer Debord et Sollers, il faut l'oser.
Ecrit par : Samuel | vendredi, 06 avril 2007
Merci Samuel. Oui, le style... J'en parlerai un jour, car le sujet me tient à cœur, tant je suis peiné de voir le bouillon gras qui tient lieu de littérature jusque dans les plus prestigieuses maisons d'édition. Je ne tiens pas tellement celui de Julien Gracq en grande estime, mais ce qu'il dit dans « La littérature à l'estomac » demeure d'actualité : l'envahissement de la littérature par les hordes de la sociologie et de la « philosophie » philosophante. Rabelais, du reste, riait déjà des sorbonagres.
In Situ, c'est l'histoire d'une grenouille qui se veut aussi grosse que le Sollers et qui glousse avec des airs entendus de conspiratrice. Raphaël Denys est un écrivain, je ne discute pas cela. Il le sera plus encore (et mieux) quand il abandonnera son imbécile fascination pour le logos. Il n'en prend pas le chemin, puisqu'il nous concocte des Variations sur Paradis (le pastiche prétentieux d'un pastiche prétentieux, mais qui lui permettra de régler son problème de ponctuation).
On sait que Debord trouvait Sollers insignifiant. Le contraire n'est pas vrai. Ce qui unit ces deux-là ? Leur gout du secret, des sous-entendus, la croyance en un complot raisonné contre l'esprit, l'art, la beauté et tutti quanti. D'où leur style énigmatique par endroits (à peu près partout chez Debord, surtout dans la Société du Spectacle), crypté, comme s'il s'agissait de tromper quelque agent secret déguisé en lecteur. Sollers, qui est un imitateur doué, a de toute évidence piqué à Debord son obsession de la machination. Il est question de cela dans mon « Sollers In Situ » sur l'Éphémère Chinois. Et il pourrait en être question dans un livre signé Y. Yanka, car je songe à m'attaquer au système Sollers, violemment.
Ecrit par : Yanka | vendredi, 06 avril 2007
Je vous en prie. Merci à vous pour ces précisions. Admirer le Joyau de nos lettres et le proclamer cela suffit pour disqualifier à mes yeux toute la fine équipe d'In Situ à laquelle j'avais envoyé un mail ironique il y a quelques mois devant l'incongruité de leur association Debord-Sollers et qui m'avait répondu en m'insultant assez bêtement (Fouquier-Tinville et j'en passe...).
Une attaque violente contre le système Sollers ? Vous avez trouvé un moyen efficace de vous faire des ennemis à Paris sans sans vous faire passer pour un clone de Marc-Edouard Nabe. Mais si vous êtes édité au Québec vous aurez sans doute moins de difficultés. Ce nabot pseudolittéraire ne mérite qu'une volée de bois vert. Pour un rebelle se faire encenser à la fois par Aragon et Mauriac quelle rigolade !
Ecrit par : Samuel | samedi, 07 avril 2007
Un tel livre doit être publié en France, au cœur du tourbillon. Si cela se faisait au Québec, on m'accuserait de m'y être réfugié par trouille.
Ecrit par : Yanka | samedi, 07 avril 2007
Vous avez raison. Au coeur de ce tourbillon les médiocres journalistes de masse cracheront sur votre travail par conformisme et par esprit de caste. Il est interdit de critiquer notre Joyau et maître à ne pas penser. Il est avec BHL (autre faussaire doué) le vendeur de papier parmi les mieux installés de l'hexagone. Dur de se rebeller à Saint-Germain. Heureusement qu'il bénéficie du soutien moral de Gallimard, du Monde, du JDD, de l'Express, du Nouvel Obs, du Point, des Inrocks, de Télérama, de l'Humanité, de Libération et de la plupart des chaînes de télévision. Votre volonté réactionnaire de retour à une littérature qui ait quelque chose à dire plutôt que rien est donc hautement suspect pour les programmes de surveillance éthique de la métastructure. Vouloir s'attaquer à un "grand écrivain" reconnu d'utilité sociale par le ministère de la culture par tous et pour tous est un crime : vous émettez une analyse personnelle non conforme : vous n'êtes pas totalement empli de respect-amour-foi dans le ministère et l'ensemble de ses agents d'ambiance festivement festive. Fort heureusement il existe aujourd'hui des programmes de rééducation éthique très efficaces. Vous aurez très vite oublié tout ce qui n'est pas autorisé par le ministère de la Cohésion sociale obligatoire. Vous aimerez la métastructure.
Ecrit par : Samuel | samedi, 07 avril 2007
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