samedi, 30 juin 2007

London calling...

London calling to the faraway towns
Now war is declared and battle come down

(Clash, London Calling

 

C'EST VRAI QUE, peut-être, dans ce monde lyophilisé, c'est perdre son temps et sa peine que de s'énerver pour des broutilles... La Chine explose ? Adieu la Chine, et moi je vide mon verre à la santé des caribous. Mon cœur me lâche ? Eh bien cela ne m'empêchera pas d'aller aux putes une dernière fois. Nous sommes, n'est-ce pas, des hédonistes, des porcs bien glacés, des espèces de stoïciens à la fois constipés et fébriles. Nous vivons comme des porcs et pensons comme des tiques.

Je découvre au réveil que Londres a échappé de justesse à une resucée des attentats meurtriers de l'été 2005. On se doute que les commanditaires ne sont pas un clan d'Écossais réclamant peace and freedom all over the world. Comme par hasard, un nouveau Prime minister vient d'être nommé, et comme par hasard, Salman Rushdie a été récemment anobli par la reine d'Angleterre, à la fureur d'une myriade de mahométans barbus, enturbanés et certainement cocus d'une manière triple et quadruple. Par le saint nom de Dieu, je jure que le sort de l'Angleterre me laisse de marbre, et que Rushdie — l'homme, l'écrivain – m'excite autant que d'attraper la vérole. M'énerve, me fait bondir, me donne envie d'injurier jusqu'au pape, la sacro-sainte moiteur de l'Europe, ce so-called continent, cette réserve de retraités, de tapettes et de journalistes sportifs. Que Rushdie se prenne demain un pruneau dans le buffet, peu importe. Que Her Majesty se fasse bouffer cette nuit par l'un de ses corgies, cela ne me fera pas avaler de travers mon café matinal, putain, non ! Ce qui me hérisse le poil (et je suis pourvu de poils), c'est d'imaginer des toqués du Prophète, verdâtres d'une haine moyenâgeuse, en train de mijoter un attentat qui demain enverra ad patres des innocents, qui n'en ont rien à secouer, tout comme moi, de Rushdie, de la reine d'Angleterre, de Gordon Brown, des corgies et des clébards en général. Et ce qui me fait haïr cette putain de vieille carne encroûtée d'Europe, c'est sa mollesse infinie, déguisée en sagesse démocratique. N'y a-t-il pas quelque part, entre Moscou et Lisbonne, un type avec autre chose dans le pantalon que du foin, qui aurait la décisive et riche idée de balancer sur Karachi (ou Kaboul ou Ryad ou Téhéran ou...) quelques bombs bien dodues, histoire de clore pour de nombreuses années la gueule à ces excités du turban ? Et l'hyperprésident Sarkozy, y fait quoi, là, dans son Élysée, à part tirer sa femme, sa bonne et le chien de son jardinier, entre deux rodomontades et trois froncements de sourcils censés filer la trouille (et la diarrhée qui va avec) à son ex-futur ministre de la Justice Patrick Devedjian, coupable d'avoir, en passant, par bonne humeur et gaillardise, traité de salope une femme qui n'a pas même l'excuse de se prénommer Ségolène ? Qu'elle est forte et fière dans la morale et le théâtre de Guignol, la sanieuse Europe ! Des fois je me dis que n'ai pas bougé d'un pouce, que c'est l'Europe qui dérive toujours plus, encore, encore... Un jour on la retrouvera entre deux véritables continents, morte enfin au terme d'une dégoûtante agonie, et elle aura dans son cul très profond une océanique dégoulinade en forme prophétique de croissant. Et cela ne m'empêchera nullement de déguster mon café matinal. Je penserai un peu tristement aux quelques amis que j'ai laissés là-bas, et qui s'y emmerdent à mourir, j'en suis sûr.

samedi, 02 juin 2007

Anatomie d'un couac (Preuve 1)

Joseph Vebret, barnum des lettresBARNUM : Personne, généralement un forain, qui exploite le talent d'un artiste, exhibe des phénomènes à sensations, etc., à l'aide d'une publicité tapageuse et en organisant des tournées. (TLF)

Cette utile définition pour justifier le choix du nom de ce volet II de mes archives.

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« Je suis encore debout, à 7 heures du matin. J'ai travaillé. J'ai aussi écrit à un écrivain, par ailleurs directeur de collection chez un éditeur parisien, donc un éditeur potentiel. Tu ne cesses de m'envoyer de bizarres signes auxquels je me conforme. » (Extrait d'un mail à la future Mme Yanka, 12 janvier 2005)

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« Voilà, je viens de répondre longuement à Joseph Vebret. Tu serais stupéfaite du nombre de correspondances qu'il y a de lui à moi. J'allais lire son blog régulièrement, avant de te connaître, et ces derniers temps, je percevais dans ses écrits un appel, alors qu'il ne me connaît pas. Et hier quelque chose m'a poussé à lui écrire, irrésistiblement. Et voilà qu'il vient de passer quelques heures à lire quelques-uns de mes textes sur mon site, et il accroche. Je le sens bien, ma petite fée de rêve, je le sens très bien... pour toi, pour moi, notre vie... ton travail... ma littérature. Nous sommes en train de bâtir un empire... et tu en seras la reine. » (Extrait d'un mail à la future Mme Yanka, 12 janvier 2005, 14 h 54)

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Il s'est passé ceci dans l'intervalle :

Merci à vous (Ygor Yanka à Joseph Vebret, 12 janvier 2005)

Je n'attendais pas une si prompte réponse... Merci à vous.

Il n'existe pas de version romancée de mon journal. Ma vie n'a pas été très palpitante sur le plan de l'action. Mon journal est un patchwork de réflexions brèves et de notes vagabondes. Je n'y commente jamais l'actualité, ou très rarement. Il est à la fois intime et littéraire, à la Léautaud moins le carnaval des animaux, à la Kafka (mon plus que frère). Il vaut par son style, très uni, dense, vert. C'est étrange, mais alors que j'ai mis dix ans à forger un style acceptable pour le roman, j'ai d'emblée trouvé le ton pour le journal. C'est en ce sens qu'il est littéraire. Il est très écrit, concentré dans la forme, soutenu dans le ton, et cela naturellement, sans retouches ultérieures. Ça m'embête, mais j'ai toujours eu la conviction que c'était là ma manière, mon genre littéraire de prédilection. J'aime justement dans les journaux que je lis l'imprévisible : le diariste ignore aujourd'hui ce qu'il écrira demain, s'il sera gai ou triste, s'il relatera un drame ou une cocasserie, parce que c'est la vie au jour le jour qui nourrit le journal et qu'on ignore ce qu'elle nous réserve. Dans un roman, l'intention de l'auteur prime, et cela fausse un peu le jeu, je trouve. Et puis surtout : je ne pense pas aux lecteurs potentiels lorsque j'écris mon journal, je me sens libre, tandis que dans le roman je suis arrêté parfois par la pensée de cet énorme, informe et très sévère visage du lecteur, cet inconnu que j'ai décrété hostile. Si j'ai un jour la chance d'être publié (roman), je pense que je cesserai d'être à ce point intimidé par le lecteur anonyme. Je ne suis jamais aussi à l'aise que lorsque j'écris à quelqu'un en particulier (voir mes lettres à Raphaël Denys), et mon journal est destiné à quelqu'un, à moi-même, lorsque je serai vieux, ou à une personne aimable, bienveillante (j'ignore pourquoi d'ailleurs, mais je le sens).

Éros cui-cui est un roman au sens large. Raphaël estimait après lecture que j'aurais dû le romancer à la manière Kierkegaard dans son Journal du séducteur. Or, moi, je trouve ce séducteur d'un ennui parfait, et son « journal » insignifiant, parce que romancé, justement, sans spontanéité. J'ai fait, dans Éros cui-cui, le choix de présenter les choses brutalement : mes lettres (réelles) à une jeune femme et les réflexions de mon journal regardant cette aventure, le tout coiffé d'un épilogue. À l'époque, j'ai 34 ans. Je sors d'une fabuleuse passion charnelle avec une autre jeune femme (Caroline). Celle-ci m'ignore sur le plan intellectuel. Je ne suis donc aimé que partiellement. Et voici que le jour où des pensées suicidaires m'accablent, je rencontre une jeune femme (Marie) qui, elle, n'est intéressée par moi que sur le plan intellectuel : l'écrivain, pas l'amant. Or, je suis un homme de chair, et ma pensée est chair aussi, et ma chair est pensée. Je lui écris donc comme un amoureux transi (le côté « cui-cui », voire cucul), et bien sûr, très vite, la part érotique intervient, la chair réclame un dû que la belle refuse sous des prétextes nébuleux. Je me sens nié dans mon corps et je regimbe. Après trois mois, je jette l'éponge, avec fracas : détumescence... Ce livre est emblématique d'une certaine névrose amoureuse féminine, que j'ai maintes fois observée. Raphaël dirait : « C'est tellement contemporain ! » Et c'est parce que c'est tellement contemporain que cela me semble intéressant, au-delà de l'aventure amoureuse personnelle... Des gens chez Flammarion ont défendu ce texte, mais le second comité de lecture ne l'a pas retenu, de toute justesse apparemment. Ne disposant pas de moyens financiers mirobolants, j'ai cessé de solliciter les éditeurs. Je serais tout à fait disposé à revoir ce texte, au cas où... mais il me paraît difficile et pas tellement souhaitable de passer de la forme épistolaire à la forme romancée. Enfin, je ne suis hostile à rien... 

Je compte un certain nombre de romans avortés. J'écris lentement, dans ce genre-là. Je finis par connaître mes textes par cœur, à force de relectures (je suis d'une exigence féroce, un cinglé du style, un maniaque du vocabulaire, et ça m'énerve, pouvez pas savoir !), à m'en dégoûter. Depuis quelques mois, j'écris un roman difficile et singulier que je veux mener à terme (La tribu). Je ne veux pas qu'il excède 150, 200 pages maximum. Récemment, j'en ai lu les premières pages publiquement lors d'une soirée lectures. Très bon accueil. Je suis toujours étonné qu'on me trouve du talent, moi qui ne cesse de me dénigrer : trop ceci, pas assez cela. Je peux sans problème vous envoyer les premières pages, et si cela vous intéresse, cela m'encouragerait grandement pour l'achever, car je demeure toujours dans la crainte d'un abandon : mes sempiternels « À quoi bon ? Ça n'intéresse personne... » 

Voici pour l'heure. Je vous remercie de votre intérêt, d'avoir pris le temps de jeter un œil sur mes « cadavres ».

Bien à vous.

Igor Yanka 

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Re : Merci à vous (Joseph Vebret à Ygor Yanka, 13 janvier 2005)

Bonjour,

Message rapide en raison d'un planning surchargé.

1 — J'aime bien Éros cui-cui : pourriez-vous me transmettre une version complète sur un seul fichier afin que je l'imprime pour relire dans la continuité et faire lire aussi à l'ami avec lequel je vais diriger cette nouvelle collection. Question directe : êtes-vous ouvert aux critiques, remarques ? Seriez-vous vous d'accord pour faire évoluer le texte à certains endroits (sans pour autant abandonner la forme du journal) ou considérez-vous qu'il est gravé dans le marbre ?

2 — Puis-je lire le debut de La tribu ? Quand pensez-vous l'avoir achevé ?

3 — Cessez de vous dénigrer : vous savez manier les mots, vous savez écrire, vous avez du style (contemporain, certes, mais construit). Alors au boulot !

4 — Dans une lettre à Caroline du 18 juillet 99, vous parlez d'un roman de 196 pages commencé le 1er et fini le 17... Quid ?

Bien à vous,

Joseph Vebret 

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Rester vivant... mourir d'être en Vie (Extrait d'un mail à la future Mme Yanka, 13 janvier 2005) 

J'ai passé tout le début de l'après-midi à répondre aux questions de Joseph Vebret. Il a lu Éros cui-cui et ça lui plaît beaucoup. Je lui ai parlé du roman que je suis en train d'écrire et il veut que je lui en envoie le début. Je crois que si j'avais un roman tout prêt, il le prendrait sans condition ! Il m'a déjà demandé si j'allais à Paris parfois. Je croise les doigts très fort. Mon flair me dit que cette fois, ça y est : les portes s'ouvrent, y a plus qu'à entrer. Et tout ça grâce à toi. Comme je l'attendais. Comme je le savais depuis si longtemps. Tu es bel et bien la Femme que j'attendais, à tous égards. Je n'avais pas de doutes, mais là, je ramasse à la pelle les confirmations, chaque jour davantage. J'ai même du mal à suivre ! Ah ! les cent-cinquante plus belles femmes du monde peuvent bien se jeter à mes pieds : je les repousserai avec mépris. Et d'ailleurs, la plus belle, c'est toi, donc au diable les pétasses siliconées, rasées, liposucées, blondes !

Les fées, les anges... Je crois au merveilleux. Tu ignores comment j'ai rencontré Raphaël (Raphaël est le prénom d'un archange). Je vais te raconter, c'est stupéfiant. Il faut d'abord savoir qu'il est mon ami absolument, presque un frère, bien que nous nous disputions souvent pour des questions intellectuelles ou littéraires, mais sans que cela affecte notre amitié. Ensemble nous avons passé des nuits et des nuits entières à discuter. Je suis le dédicataire de son bouquin qui va sortir le mois prochain : je l'ai beaucoup aidé à le mettre en forme. Bon ! Un jour je m'assois dans un bistrot à la table d'une femme (ce que je ne fais jamais) à laquelle je devais dire invinciblement quelque chose. C'était plus fort que moi. Je la connaissais de vue : elle sortait avec un vague copain. Je devais lui dire : « Merci d'exister. » C'est tout de même fou. J'étais très attiré par elle, mais pas du tout physiquement, c'était autre chose. Une Italienne, Gabrielle (l'ange annonciateur se prénommait Gabriel), 30 ans, très brune, regard très intelligent, visage passable, mais le reste une calamité : courte sur pattes, basse du cul, informe, grasse sans être grosse. Je m'assois donc et je lui délivre mon message (« Merci d'exister ») que je justifie ainsi : je l'avais croisée quelques temps plus tôt à un passage pour piéton, elle m'avait salué et moi, tête en l'air, je ne l'avais pas reconnue, si bien que je n'ai pas répondu à son salut. C'est après, chemin faisant, que ça a commencé à me tourmenter bizarrement. Je me suis rendu compte que, bien que je ne la connaissais que pour l'avoir vue quelquefois avec son copain, elle importait dans ma vie : je la sentais protectrice, extrêmement bienveillante à mon égard, elle était une des très rares personnes dont la vue, en dépit de son physique disgracieux, me remplissait d'un étrange sentiment de sûreté absolue, de réconfort, de force. Et je me suis promis que la prochaine fois que je la verrais, je la remercierais d'exister, tout simplement. Je t'assure que je ne suis pas du tout coutumier de ce genre de déclarations ! Je lui dis donc. Tu aurais vu sa tête ! Comme si je lui annonçais qu'elle avait gagné un milliard de dollars à la loterie ! Bouleversée, en fait. Bon, nous passons le reste de la soirée à deviser, jusqu'au petit matin. Je l'accompagne à son arrêt de bus et nous nous quittons sans promesse de nous revoir. Pour moi, j'ai fait ce que j'avais à faire, point. Le lendemain, elle sonne chez moi. Elle avait remué ciel et terre pour trouver mon adresse. Nous discutons autour d'un verre et soudain la voilà qui me prend les mains chaleureusement. Je vois à son regard qu'elle était amoureuse. Là, pour moi, il y avait un malentendu. Je n'avais pas envie de ça, pas avec elle. J'étais attiré par elle en dehors de l'amour, mais comment lui faire comprendre ça ? Nous sommes sortis ensemble, car je me suis laissé faire, mais catastrophe : elle ne me faisait pas bander ! Elle se vantait de sucer merveilleusement, elle le faisait et je ne bandais même pas ! Son corps était mou, sans attraits pour moi, même en me forçant. Nous n'avons réussi qu'une seule fois à faire l'amour. J'étais chez elle, à la soirée de la dernière chance, et j'étais froid. Nous étions assis dans son canapé, je parlais. Je n'y peux rien : ma voix grave et mes inflexions séduisent. Là voilà donc qui se jette sur moi, agenouillée sur le canapé, les jambes de part et d'autre de mon bassin, me faisant face. Elle connaissait mes préférences sexuelles, sans les partager. Et soudain je sens une chaleur humide entre mes cuisses : elle était en train de faire pipi, sans crier gare, à travers ses vêtements, sur moi ! Là, je l'avoue, j'ai flambé. Pour le coup je bandais, et pas un peu ! Nous avons donc fait l'amour un peu sauvagement. Je suis rentré à pied chez moi, traversant une partie de la ville avec mon pantalon trempé de son pipi ! Je savais toutefois qu'il n'y aurait pas de suite, une décision avait été prise malgré moi, tout au fond de ma tête.

Elle était un peu, voire beaucoup sorcière, elle m'effrayait par la connaissance qu'elle avait de moi intimement. Elle m'était jumelle par bien des aspects, mais je sentais cela d'une façon négative, sans doute parce que, là encore, ce n'était pas elle que j'attendais. Elle me parlait d'un certain petit bonhomme qu'elle trouvait génial, un jeune métis, un écrivain, et elle tenait absolument à ce que je le rencontre. Moi, je n'y tenais pas du tout. Des gens qui écrivent, souvent très mal, j'en ai rencontré plusieurs, et je me garde de cette faune. Je prenais Raphaël, puisqu'il s'agit de lui, pour un dilettante. Un jour, ma veste sur le dos, je m'apprêtais à sortir pour aller à la FNAC acheter un livre précis dont je venais de lire la critique dans le journal : Rester vivant, de Michel Houellebecq. Le téléphone sonne : Gabrielle ! Toute exaltée. Elle était à la terrasse d'un bistrot (celui-là même où j'ai rencontré Marie) avec Raphaël et il fallait que je vienne, etc. Moi, je n'avais pas envie de ça, pas du tout. Mais comme le bistrot se trouvait sur mon chemin, je lui dis en maugréant que je vais passer boire un verre, un seul. J'étais d'une maussaderie ! Je l'embrasse, je serre la main froidement à Raph. Tandis que je m'assois, je vois sur la table un sac de la FNAC semblant contenir un livre. J'appuie sur le sac pour confirmer un doute soudain et par transparence je lis : Michel Houellebecq, Rester vivant !!! Il venait d'acheter le livre que je sortais pour acheter !!! Évidemment, je le lui dis : surprise totale ! Et nous sympathisons. Après un quart d'heure, nous avions l'air de deux vieux amis. Gabrielle se lève et dit : « Mon rôle s'achève là. » Ni Raphaël ni moi ne comprenons. Elle souriait, visiblement très heureuse. Et elle nous a laissés, affirmant qu'elle devait nous laisser. Avec Raph nous avons passé toute la nuit à parler littérature, avec passion. Avec Gabrielle, il ne s'est plus rien passé. Je l'ai revue, bien sûr, et lui ai demandé des précisions. Elle m'a dit que son rôle dans l'affaire avait été de nous connecter, moi et Raphaël. Il y aura six ans au printemps que Raphaël est mon ami, un ami comme je n'ai jamais eu. Sans lui, je n'aurais pas écrit Éros cui-cui. C'est après lui avoir lu quelques lettres à Marie que l'idée m'est venue d'en faire un livre. Je dois à Marie ce livre (pour le contenu), et je dois Marie à Caroline. Et c'est une lettre à Caroline qui m'a valu ma fée Vie. Et si j'ai la chance de voir un texte de moi publié bientôt (ce livre-là peut-être), c'est à toi que je le dois, à cette magie qui circule entre nous. Caroline m'a rendu mon corps, a fait de moi l'homme que j'étais et qui n'osait pas l'être, trop timoré, manquant de confiance en soi (les femmes me faisaient peur). Toi, tu me réaliseras en tant qu'écrivain, sans rien me faire perdre du reste. Le corps, le cœur et maintenant l'âme. Tu me permets d'exister totalement, tu me libères, je suis au complet désormais. Tu es donc bien la femme de ma vie. Et cela, de la manière la plus irréfutable. Quarante-deux ans de lamentables errances se terminent... par un feu d'artifice. Et cette fois je sais que je ne dirai pas non, comme à Caroline qui voulait un enfant, comme à Sophie qui voulait que nous vivions ensemble. À toi, Viviane, je dis oui, à tout. Nul, ni rien ne m'arrêtera. Québec, j'arrive ! 

Mille roses pour toi, et mille câlins, ma belette.

Tendresse.

Ton ogre à plume

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Brûlez vos agendas ! (Ygor Yanka à Joseph Vebret, 13 janvier 2005)

Bonjour,

Je vous réponds dans l'ordre inversé. 

4. Le roman dont je parle dans cette lettre à Caroline, c'est précisément Éros cui-cui. Pour écrire ce livre, j'avais interrompu un roman plus traditionnel appelé Le violon raccourci sur lequel je travaillais depuis de longs mois. Je n'ai pas eu le courage de le reprendre après Éros. Il souffrait à vrai dire d'un défaut de structure.

3. Je n'aime pas les injonctions, mais la vôtre me plaît (« Alors au boulot ! »). Le style de mes lettres et de mon journal est plus contemporain que celui de mes romans. Sinon, style et vocabulaire soutenus. Style parfois peut-être un peu trop léché, trop construit — mais cela est ma manière. Je suis un tyran du rythme et de la virgule. J'évite toujours les termes à la mode.

2. Vous recevrez dans les heures qui suivent le début de La tribu. Il y a ce qui est écrit et le reste. Je suis en réalité plus loin que les pages que vous recevrez. Quand l'aurai-je terminé ? Impossible à dire. Je ne m'assigne jamais aucun délai, puisque personne n'attend jamais rien de moi. Mais je sais par expérience que je travaille efficacement lorsque le temps me presse. À vue de nez, je vous dirai qu'il peut être achevé pour la Saint-Jean d'été, avant peut-être si je ne rencontre aucun souci majeur. Je sais ce que je dois écrire, tout est en place. Ne me manque que le dénouement.

1. Éros cui-cui n'est absolument pas coulé dans le marbre. Je suis ouvert aux critiques, aux remarques. Je serai peut-être un peu plus résistant pour l'épilogue (la seule partie du livre qui a été écrite pour le livre). Là où je suis plutôt intransigeant, c'est sur le vocabulaire. Raphaël me rapportait cette anecdote : dans son Testament d'Artaud, Sollers lui a demandé de retirer l'expression « un tantinet » (qui n'apparaissait pourtant qu'une seule fois), au motif que ce serait là une expression désuète. Il a obtempéré, mais moi, je me serais battu pour le conserver, parce que je ne choisis jamais impunément un mot, une expression : tout est pesé. Il doit y avoir des belgicismes, inévitablement. Je fais attention à cela dans le cadre d'un roman, mais dans des lettres, censées n'être lues que par leurs destinataires (belges), je suis moins regardant et il est possible que des allusions à des réalités belgo-belges puissent rendre perplexe un lecteur français ou suisse ou moldave. Lorsque je parle du Carré, par exemple, pas besoin d'explications pour un Liégeois, voire un Wallon : je parle du piétonnier du centre-ville, centre nerveux des nuits liégeoises. Sur mon site, j'ai ajouté des notes explicatives (infobulles) qui ne figurent pas dans le manuscrit original. Il est utile, je pense, de les intégrer en bas de page.

Comme je travaille avec le traitement de texte d'Open Office que tout le monde n'a pas nécessairement, il me faut convertir le document au format Word, ce que je peux faire avec Open Office, mais cela génère toujours des bouleversements de la mise en page. Je vais donc relire le tout afin que cela reste présentable. Le tapuscrit respectait les normes : 1500 signes par page (25 x 60). Dois-je conserver ce format ou puis-je diminuer un peu la taille de la police, ceci afin d'économiser le papier (le vôtre) ? Je pense pouvoir vous envoyer le document samedi soir au plus tard, peut-être avant. Il sera certainement accompagné de remarques, puisque d'ici là je l'aurai relu.

Bien à vous et merci encore de votre intérêt (je reste un tantinet effaré). Ne vous tuez pas à la tâche, brûlez vos agendas !

Igor Yanka

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vendredi, 01 juin 2007

Maleak I

Y. Yanka à Montréal (vieux port) — mai 2007Je ne manque pas d'un certain toupet. Je vais avoir 45 ans (je n'en crois rien, mais c'est comme ça), j'écris depuis plus de vingt ans et je n'ai pas le moindre livre publié à faire lire. Je n'ai qu'une seule fois, sans insister, essayé de me faire publier. Un lecteur un peu mieux luné ce jour-là et j'étais chez Flammarion. Un jour, peut-être...
 
Je suis donc écrivain. Je pourrais être notaire, maçon, ventriloque ou bourreau. Je suis écrivain. C'est comme ça, je ne puis rien contre, non mon ambition (car j'en manque cruellement), mais ma nature. Et peu importe que je sois ou non publié, demain ou dans mille ans. Peu importe même que j'écrive. Je suis écrivain dans l'âme. Je pense en écrivain, et si je n'écris pas tous les jours, sauf quelques lignes indispensables dans mon journal, au moins je vis en perpétuel état d'écriture (un peu comme un cowboy qui aurait en permanence la main sur le Colt, sans en faire usage toutefois, ou rarement).
 
Écrivain. Ce n'est pas une posture, non. Je ne suis pas fier de cela. Ça me rend plutôt malheureux, car je suis incapable de m'intéresser à l'existence sans, non l'écriture, mais la pensée de l'écriture. Et j'écris dans ma tête, sans cesse. Mon œuvre virtuelle est colossale. L'œuvre réelle est un peu moins impressionnante. Il y a de quoi tout de même imprimer quelques volumes. Un jour, peut-être, tout cela sera confié au feu purificateur et je me brulerai la cervelle dans la foulée. La vie sans les mots, même s'ils ne sont pas imprimés, pas écrits, cela ne m'intéresse plus. Mes nombreuses passions sont liées à l'écriture (l'écriture et non la littérature). On m'ôte la perspective d'écrire et je cesse immédiatement de me passionner pour les choses de la vie en général et en particulier, même les plus étrangères en apparence à l'écriture.
 
Je ne me vanterais pas d'avoir le cancer. Je ne me vante pas non plus d'être possédé par le cancer de l'écriture et la seule idée d'être applaudi un jour parce que je suis écrivain me remplit de colère. C'est bien simple : je hais les écrivains. Je veux dire : je hais les bateleurs de l'écriture, les mondains du Verbe, les grenouilles d'encriers. Je les hais, ces buses qui ne savent pas écrire mais font de la littérature, ou croient en faire parce qu'elles sèment à la volée des noms de grands auteurs sanctifiés. Bossuet ! Rimbaud ! Voltaire ! Et les Béotiens de frissonner, à la fois de terreur et d'envie. On admire souvent moins l'œuvre que les auteurs. Les vedettes de la plume excitent moins, certes, que celles, puantes, du cinéma, de la chanson ou pire, de la mode. On voudrait être Johnny Depp ou Leonardo Di Caprio. Qui rêve, chez les petites gens, d'être Jean d'Ormesson ou Michel Houellebecq, figures assez bien exposées médiatiquement ? Je sais : les deux premiers sont jeunes encore et en plus d'avoir du talent, ils sont beaux. Il arrive toutefois aux écrivains d'être beaux. Amélie Nothomb n'est pas sans charme, une fois ôtés et jetés à la poubelle ses ridicules chapeaux. Elle est jeune encore et a du talent, en plus d'être assez loufoque. Je ne sache pas que beaucoup de jeunes filles, parmi celles qui n'écrivent pas (car toutes les jeunes filles n'écrivent pas, contrairement à l'idée répandue), rêvent d'être Amélie Nothomb plutôt que n'importe quelle connasse (le mot est faible) durablement moche pourtant comme Paris H. ou Britney S. Un acteur quand il disserte à la télévision sur sa marque préférée de confiture, c'est encore du cinéma. Il est dans le spectacle, comme le chanteur, même quand il lâche, d'un air pénétré, des inepties comme : « Tu sais, il est dangereux, hein, Sarko ! C'est la droite dure ! » L'écriture est une activité de l'ombre et de solitude. Les écrivains n'ont rien à faire sur les tréteaux.
 
Un jour, Dieu créa Houellebecq. Les Inrocks l'apprirent et coururent sus au nouveau phénomène des lettres. L'homme avait tout l'air d'un beauf quelconque, il sentait la clope, le vieux sperme et peut-être même le pipi, en hommage à Gros Dégueulasse. Sa voix était atone et ses propos incolores, tout comme son style. Raffarin plus tard représentera en politique la France d'en bas (on le fit croire du moins, parce que le bonhomme était inconnu et qu'on possédait de lui une insolite photo de jeunesse où on le voyait faire du rock et suer d'abondance). Houellebecq consacre en littérature l'avènement de cette France d'en bas (de Bordeaux ? de Nice ?) modeste, laborieuse et surtout, grise — celle-là même dont on sait qu'elle n'aime guère le savon. Comme si, soudain, la vraie vie entrait en littérature. Comme si la littérature jusque-là n'avait été, justement, qu'un cinéma avec ses vedettes maquillées et raides, raide comme l'était cet empoté de John Wayne. Houellebecq écrivait comme n'importe qui aurait pu écrire et parlait de choses très banales, assez vulgaires même, comme la masturbation compulsive ou la drague (régulièrement foireuse) de semi-vieilles quand on est soi-même semi-vieux, moche, bedonnant, et qu'on sent le linge de corps pas fréquemment changé, en plus d'être chauve, aigre et passablement con. Dieu révéla donc Houellebecq. Les Inrocks, fascinés par cette gueule de beauf rebelle, ce monument de grisaille stylistique (la marque d'un authentique et pur talent !), déroulèrent le tapis rouge et vidèrent les cendriers. Un micro fut tendu. Houellebecq y soupira, avant de faire « euh... » Deux doigts jaunis de nicotine grattèrent un sinciput et l'homme derrière le micro hurla que c'était génial, tellement vrai, tellement... woaw ! Trouant, quoi ! Houellebecq ne faisait pas de manières et c'était la marque du génie. Il écrivait tellement banalement des choses tellement banales qu'il devait être porté en triomphe et décoré dans l'heure. Justement, des manières, Houellebecq en faisait, mais pas de celles qu'on attend d'ordinaire d'un homme de lettres (il doit être lettré, fin, spirituel, suave, un rien pompeux et très légèrement ironique). Houellebecq, de toute évidence, ce n'est pas le salon du Wurtemberg. C'est plutôt le bar-tabac Chez Pascal à Lignières-Châtelain (Picardie, département de la Somme). Houellebecq était génial parce qu'il avait l'air con, comme tout le monde, comme vous, comme moi — sans l'être du tout (c'est ça l'astuce, car on n'éditerait pas un vrai con, tout de même !). Houellebecq, enfant du rock, faisait son Gainsbourg, son Renaud, en plus (faussement) crasseux s'il est possible, en plus terne, en plus inaudible à force de bafouillis. La face délavée, l'œil mort, les cernes, le cheveu rare (mal peigné qui pis est), l'haleine parfumée à la Gauloise sans filtre et à la Kronenbourg, furent un temps les irréfutables preuves du génie, selon Les Inrocks du moins et leurs jaunâtres séides.
 
J'ai lu Houellebecq. Je n'ai rien aimé chez lui. J'ai aussi lu Jean-Claude Pirotte, qui ne paie pas de mine non plus et qui fume et qui boit. D'où vient que deux lignes chez Pirotte me fassent enrager de n'en pas être l'auteur, tandis que je ne sauve absolument rien de toute l'œuvre de Houellebecq, à part quelques virgules, par charité chrétienne ? Ai-je déjà vu quelque part Pirotte se prendre pour Bob Dylan ? Non. Lui, le poivrot en cavale, l'ai-je déjà vu faire le pitre à la téloche en se prenant pour le fils caché de Buster Keaton et d'Annie Girardot ? Jamais. Ses livres ne sont pas épais et parlent de choses apparemment triviales (la Bourgogne et le bourgogne sous la pluie, pour résumer). Mais chacune de ses phrases est précieuse comme un rubis, bien qu'il écrive sans emphase. Qu'il parle d'une quelconque Hollandaise ou d'un soir pluvieux de février à Rethel, Pirotte célèbre la vie, même et surtout quand elle est triste, comme elle a l'art de l'être par temps de ciel bas dans les contrées nordiques. Il arrive, dans le fumier, à découvrir la pépite, l'éclat de beauté qui console des laideurs inouïes de l'existence ordinaire. Et c'est comme quand, un jour de profond désespoir, une fillette inconnue nous sourit, avec dans son regard la lumière éternelle du soleil de l'enfance. Dieu, qui n'existe pas, est un grand cachotier et un sublime, très délicat farceur. Et si ce n'est pas Dieu, qu'est-ce donc ? Je ne crois pas au hasard. Je crois au regard, je crois à l'attention.
 
Poursuivons. Je sais plus ou moins ce que je veux dire, rapport à mon titre (messager, en hébreu — sous-entendu « de Dieu »). Parce qu'un jour, il y a longtemps, il m'est arrivé quelque chose, non pas un regard, mais une voix — un chant plus exactement. Et j'ai su que c'était un appel — unique — et que j'aurais pu ne pas l'entendre, si j'avais été distrait comme la plupart du temps le sont les imbéciles. Moi, j'étais préparé depuis l'enfance à l'entendre, sauf que j'aurais pu ne pas l'entendre, car il m'arrive d'être sourd. Je vais y revenir, beaucoup plus bas. 
 
Ma femme, qui est parfois cruelle (c'est une squaw de la vieille tribu agricole des Malécites), me parlait récemment de notre voisin comme de l'homme idéal. C'est vexant comme tout de s'entendre dire ça, quand on n'est pas le voisin. Il m'arrive d'échanger quelques mots avec lui. C'est un solide gaillard, franc, sympathique, jovial et gentil. Une bonne trentaine d'années, une femme coiffeuse et deux enfants blonds, un garçon, une fille. Il travaille dans le gaz (et moi, dans la fumée). Il s'est fait construire une assez grosse maison et lorsqu'il s'y trouve, il est toujours en train de trimer (comme mon satané père — alors vous pensez bien que de me voir présenter en homme idéal un clone de mon père ne me fasse pas très plaisir !). Il a construit un poulailler, puis un cabanon, puis un autre cabanon, et sans doute encore un troisième cabanon, invisible de mon jardin. Je ne le vois que sur son petit tracteur, en train de charrier du bois. L'hiver, il déblayerait la neige de toute la région par pure gentillesse, et pour vous remercier de l'avoir remercié, il vous donnerait sa chemise après l'avoir lui-même repassée, plus une stère de bon bois. Il est travailleur, modeste et enthousiaste. C'est un homme simple, serviable, habile et bon. Bref, un vrai Québécois. Le mari idéal, le gendre idéal, le père idéal. Son truc à lui, c'est de vivre tranquille avec sa petite famille à la campagne, et d'avoir ben du fonne — c-à-d bien du plaisir, chose essentielle dans ce pays qui n'a pas d'autre philosophie que « travail » et « plaisir ». Travailler, donc bucher comme un bœuf afin de pouvoir se payer un gros « char » (une grosse voiture), une piscine privée et une semaine à Cuba, au Mexique ou en Floride en hiver. Et avoir ben du fonne, autrement dit avoir des amis avec qui regarder le hockey à la télé tout en vidant des bières aussi insipides que la Molson Dry, avec une demi-pizza tiède en guise de collation. À propos de bières, une anecdote... Un jour, alors que je dégoupillais une Kilkenny, mon beau-père, sérieux, lui qui ne cesse de blaguer, affirma que la Heineken était l'une des meilleures bières au monde — et j'ai cru que les yeux allaient me jaillir des orbites, de stupeur !
 
Je suis à peu près tout le contraire de notre voisin. Je ne suis ni grand (1,69 m), ni épais (58,5 kg). Solide, je le suis, sur le plan de la santé en général et de la vigueur intellectuelle. Franc, cela m'arrive — brutalement, à la manière des timides. Sympathique parfois, avec qui je veux et quand je veux, et je ne veux pas toujours. Jovial, jamais. Gentil, oui, très, et même trop, au point de souvent m'effacer. Serviable, jamais. Aucune goutte d'altruisme dans mon sang. Bref, je ne vais pas énumérer toutes les qualités de mon voisin et me comparer à lui. Tout homme idéal qu'il paraisse aux yeux de ma femme, ce n'est pas lui qu'elle est allée chercher en Belgique pour en faire son mari, et jusqu'à preuve du contraire, c'est avec moi qu'elle couche. J'ai toujours trouvé assez bizarre que les femmes nous présentent tel et tel comme le mari ou l'amant idéal, mais ce n'est jamais celui-là qu'elles épousent ou mettent sous leur couette. Elles choisissent toujours des petits chauves au sourire rare et aux dents cariées ou des grosses brutes bien baveuses qui ont la main plutôt légère et le rot facile. Les femmes veulent toujours être des mères pour leurs maris (tout mari pour sa femme est un gamin qu'il faut sans cesse remettre droit dans la réalité et gourmander) et être en même temps des petites filles que nous devons sans cesse rassurer (« Mais oui, je t'aime ! » — « Mais oui, tu es belle ! » — « Mais non, tu n'es pas grosse ! »). Avec ça, elles ont la larme facile, un peu trop à mon gout.
 
À l'homme idéal, que demande-t-on ? D'être parfait, soit transparent (la lumière est transparente). L'homme moderne parfait doit être fort, très fort, mais aussi très sensible. Il doit être dur et tendre. Il doit... Il doit beaucoup.
 
(À suivre) 

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