lundi, 05 mars 2007

Take 2 (Proust à mon chevet)

medium_proust_chevet.jpgL'abominable écriture sévit encore. Je me relis toutefois sans peine. Il s'agit cette fois d'un extrait, sur deux pages opposées, de mon journal du 23 novembre 1997.
 
La mention encadrée [Inutile d'aller plus loin] sur la page de droite est une alerte censée me dissuader de poursuivre au-delà... non ma réflexion, mais mes interventions dans ce cahier dont les dernières pages contiennent des notes et des références qui n'appartiennent pas au journal.
 
Le texte :
 
Proust à mon chevet, « pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l'hivernage » — reprise d'une Recherche entamée il y a plus de dix ans et suspendue après Du côté de chez Swann, que je relis donc en ce moment... non sans impatience parfois. Je dois avouer que ces longues et serpentines phrases, aussi belles soient-elles, comme des rubans multicolores et parfumés, souvent me désorientent avant leur terme. Volutes, guirlandes et festons. Le vocabulaire est à la fête : opulent, étourdissant et d'une précision nuancée propre à donner le tournis. Tout l'art de Proust est dans la nuance, dans la fine, superfine émotion. Proust est à la littérature ce que sont les dentellières brugeoises au tricot. Perception psychologique pénétrante. Proust a le regard ample et l'œil aigu. Sa poésie, si fine, si délicate, si friable en fin de compte, exalte autant qu'elle accable. On applaudit à ses trouvailles et en même temps on soupire : « À quoi bon ? » Sa perfection m'indispose, comme chez une femme. Je cherche avidemment (sic) le défaut qui me la fera paraitre aimable et me détourne d'elle si je n'en décèle aucun. J'aime la lenteur et la grâce plus encore, si contraire à mon tempérament. Je préfère toutefois la verdeur et le débraillé — en un mot : le punch. Et Proust en manque, qui traine en chemin, avec de sublimes détours, c'est indéniable, et de capiteuses images, c'est évident. À Proust je préfère donc — question de tempérament sans doute — Dostoïevski et Claus... Loin de moi l'intention de reléguer Proust parmi les auteurs de seconde zone. Il est avec Shakespeare le plus achevé des créateurs et surtout le plus intimidant. Je ne lui reproche donc que d'être un géant — « et quel ! » s'exclamerait M. de Ghelderode.

lundi, 26 février 2007

Take 1

medium_1999_12_15.3.jpgLa « célèbre » écriture manuscrite d'Ygor Yanka. Mon écriture usuelle, lorsque je m'applique, est tout à fait présentable. Dans mes journaux et dans mes notes, une étrange écriture, dite de combat, ou araméenne, prend le relai. Ce n'est aucunement voulu. Lorsque je prends des notes rapides, non destinées à être lues par un autre que moi, je tiens mon stylo assez haut et l'auriculaire tendu de ma main droite seul touche le papier. J'écris très vite, comme si je dansais sur le papier. 
 
La page présentée est un extrait de mon journal de 1999. En voici le texte :
 
Nuit du mardi 14 au mercredi 15 déc.
 
Je me suis interrompu hier lorsque Valérie est arrivée. J'avais eu à l'entrée du soir l'idée de joindre Valérie par l'intermédiaire d'Olivier afin d'avoir à mon côté une présence féminine. Petite puce. Elle et Olivier avaient pourtant prévu d'aller au cinéma. Elle y a renoncé pour me tenir compagnie. Je suis de plus en plus sensible à la gentillesse et l'amitié devient pour moi une valeur primordiale. Nous avons parlé, mangé, puis parlé jusqu'à l'aube. Valérie s'est endormie dans le divan. J'ai pris quelques notes avant d'aller me coucher. Je me suis éveillé à 7 heures du soir, juste à temps pour alimenter le bougeoir. L'idée m'était venue, après mon coup de fil à Mamy et sa promesse d'aller mettre une bougie à l'église, de dresser sur la cheminée un petit autel avec une photo de Caroline devant laquelle une bougie brûle en permanence. J'ai sonné à Stéphan vers 8 heures. Caroline ne s'est pas réveillée, mais son état s'améliore. La tension est remontée. Les médecins n'ont pu, comme ils en avaient hier l'intention, rendre son autonomie respiratoire à Caroline. Elle est