vendredi, 12 octobre 2007
Alina Reyes contre les chacals (2)

AU MOMENT OÙ je publiais la note précédente, Yannick Haenel faisait paraître sur Bibliobs.com une mise une point relayée sans délai, et peut-être sur commande, par Petrus Assouline. Ce dernier, bien entendu, se garde de signaler à ses lecteurs l'existence des pièces de l'accusation, pièces par lui exigées pourtant et fournies par Alina Reyes chez le Stalker. Les deux parties n'étant pas traitées équitablement, j'ai jugé bon de laisser chez Assouline ce commentaire (le 61ème dans l'ordre) qui risque peu d'apparaître, vu que je ne manipule pas la brosse à faire reluire le poil des chacals, en plus de mentionner le nom très honni du Stalker. Voici mon commentaire :
Assouline, vous n'êtes pas honnête. Vous demandez à Alina Reyes de « produire les pièces de l'accusation », ce qu'elle fait sur le blog du Stalker, et vous taisez soigneusement cette information, tout en interdisant à la dame l'accès à vos commentaires ici, si bien qu'elle ne peut, elle, se défendre contre les accusations de paranoïa, de calomnie et de diffamation que vous portez contre elle. Comme elle ne réagit plus, vos lecteurs pensent que vous l'avez mouchée, alors que vous l'avez simplement bâillonnée. Par contre, vous n'hésitez pas à mettre en lien la réponse de Haenel, par évidente complicité : vous et lui avez le même éditeur, et pas n'importe quel éditeur, mais le puissant Gallimard. La moindre des choses serait de traiter équitablement les deux parties, de permettre à vos lecteurs de se faire une idée à travers les pièces du dossier et non plus à travers votre seul jugement qui, ne vous en déplaise, ressemble fort à une exécution sommaire.
La mise au point de Yannick Haenel sur Bibliobs.com est précédée d'un chapeau où je décèle déjà plus un mensonge qu'une erreur : Alina Reyes ne reproche pas à Haenel d'avoir lu trop attentivement son roman Forêt profonde, puisque celui-ci n'existait pas encore pendant que Haenel écrivait Cercle, mais d'avoir éhontément puisé dans la matière, exposée sur le Net trois années durant, dont Alina Reyes a fait Forêt profonde. Haenel ignorait sans doute, rédigeant son pensum, que de son côté, avec la même matière, sa matière à elle, Alina Reyes rédigeait un roman. On peut tout de même concevoir l'amertume d'un auteur qui, son livre à peine sorti, retrouve ses motifs exploités dans le livre du poulain préféré de Sollers, livre tout de suite retenu dans la sélection préliminaire pour le Goncourt, tandis que le roman original d'Alina Reyes est curieusement, semble-t-il, ostracisé par les médias, ignoré par les libraires et relégué par la FNAC dans un rayon inapproprié. Il est possible évidemment que le roman d'Alina Reyes passe inaperçu du fait du nombre incroyable de romans sortis, ou manque de quoi exciter la verve des critiques. Mais alors pourquoi est-il fait un si grand tintouin autour du roman de Haenel, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il semble exciter plus de sarcasmes que de louanges, sauf, bien entendu, chez les cobras hypnotisés par le charmeur Sollers ? Parce que si Sollers décide de sortir à la rentrée littéraire un pesant volume de 500 pages écrit par son disciple, ce n'est pas pour qu'il croupisse dans l'ombre du roman d'une quelconque Alina Reyes. D'où le soupçon légitime d'Alina : on ne parle pas de son livre en raison d'une omertà, et non d'une indifférence esthétique. Là où on est tenté de lui donner raison, c'est en constatant que toute la clique journalistique pro-Sollers manifeste une prompte et curieuse virulence à l'endroit, non du supposé plagiaire, mais de la plaignante qui, elle, expose sa cause avec plus d'agacement que de colère. Assouline (Le Monde) la traite de paranoïaque et lui suggère de consulter un psychologue, en plus de brandir le spectre ignoble d'une plainte en calomnie et diffamation. Benoît Delmas, sur son blog Western Culturel (hébergé par Courrier International), exécute en dix courtes lignes Alina Reyes : elle sombre dans la paranoïa, son accusation est grotesque (mais comment le sait-il ?), elle n'a « jamais marqué les esprits par son talent littéraire » (est-ce le sujet ?), est, pour conclure, une imbécile que le plumitif Delmas, après avoir lancé une fleurette à Pier-Paolo Assouline pour son « pertinent blog », conseille à Haenel d'oublier en vidant un whisky à sa santé (sa santé mentale à Alina, que l'on devine déficiente). Et pour conclure, à moins qu'il n'y en ait d'autres, la mise au point de Haenel sur Bibliobs.com (Le Nouvels Obs).
Outre l'omertà, que l'on observe sans pouvoir la prouver et que l'on ne peut briser qu'en parlant, l'affaire tourne donc autour de l'idée de plagiat, non d'une œuvre, mais de l'imaginaire d'un auteur, une sorte de viol psychique, en somme. Haenel évidemment s'insurge, après avoir feint de croire qu'Alina lui reproche d'avoir lu trop attentivement son livre. Le problème est que Haenel ne semble pas s'être inspiré en empruntant des thèmes généraux à Alina Reyes, mais en se servant de la matière brute exposée trois ans durant sur le blog de son accusatrice. Les motifs dont l'emprunt est reproché à Haenel sont plus précis qu'il ne veut l'admettre, comme le démontre Alina dans son article chez le Stalker. Ils sont si nombreux et si précis qu'ils donnent le vertige. Il ne s'agit pas uniquement d'oiseaux, de loups, d'amour, de fleurs ou de Paris, mais de motifs souvent utilisés par Alina Reyes, qui ne sont la trame de ses livres que parce qu'ils sont la trame de sa vie, et qu'elle expose dans divers livres. Je ne sache pas que Yannick Haenel fasse de la danse, ni qu'il porte volontiers une certaine robe coquelicot avec des bas mauves. Alina évoque aussi des lieux que l'on retrouve tels quels dans Cercle, jusqu'à deux noms de bistrots cités par Alina dans de précédents ouvrages, sans oublier le recours à des gravures de Dürer (trois chez Reyes, une chez Haenel). L'excès de coïncidences abolit tout hasard. D'autant que ce n'est pas uniquement pour ce livre-là qu'Alina Reyes se plaint. Si des thèmes identiques ou connexes sont inévitablement partagés par beaucoup d'écrivains, il s'agit en général de thèmes globaux : l'inceste, l'enfance, la folie, la guerre, etc., et non de motifs aussi précis que, par exemple, une tapisserie exposée au musée de Cluny (un roman d'Alina Reyes paru en avril 2004 est entièrement brodé autour de la Dame à la licorne, et cette tapisserie a fait l'objet d'un livre de Haenel paru, lui, en mars 2005).
L'affaire ne devrait pas en rester là. Alina Reyes semble peu soucieuse de porter l'affaire devant les tribunaux : elle n'en a ni l'envie, ni les moyens — mais son éditeur, les Éditions du Rocher ?
PS — Comme prévu, Piotr Assouline n'a pas publié mon commentaire. La vérité sur cette affaire intéresse décidément peu ce petit monsieur, ce piètre journaliste et ce piètre écrivain.
11:50 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : Reyes, Haenel, Sollers, Assouline, plagiat
jeudi, 11 octobre 2007
Alina Reyes contre les chacals

JE CONFESSE n'avoir jamais lu d'Alina Reyes le moindre livre. Je la connais un peu via son défunt blog. Je n'ai jamais éprouvé le besoin d'exercer sur elle mes crocs jaunes de rat. Elle me semble, humainement, sympathique. Outre la pratique des belles-lettres, nous avons en commun elle et moi de préférer toujours la nature à ce truc-machin granguignolesque : la Littérature. Et voici, la pauvre, que la littérature semble avoir décidé de lui jouer un très pendable tour sous la double forme d'une omertà et d'un « plagiat » (les guillemets, parce que la plaignante se refuse à employer ce terme pour décrire ce qui, au vu des éléments fournis, pue le plagiat à plein nez).
Trois années durant, Alina Reyes a tenu sur son blog un journal qui a été la matrice d'un roman publié depuis aux Éditions du Rocher: Forêt profonde. Jusque-là tout va bien. Dans le même temps, chez Gallimard, l'épicier très connu (et ex-éditeur d'Alina Reyes), sortait un épais — et, semble-t-il, indigeste – roman intitulé Cercle, signé Yannick Haenel. L'affaire se corse quand, courant septembre, la bénévole Alina, mettant tout son cœur à l'ouvrage, se plonge dans la lecture de Cercle et découvre, stupéfaite, que son auteur semble s'être, lui aussi, surabondamment inspiré des travaux préliminaires qui ont donné Forêt profonde. Les preuves qu'elle donne du forfait sont accablantes pour Haenel, pour Gallimard en général et pour Sollers (!) en particulier (le livre de Haenel est paru dans la collection L'Infini, dirigée, ou plutôt régenté par celui qu'un facétieux ami à moi nomme avec une grande justesse « le doge de la bêtise »).
Curieusement (et c'est le seul reproche que je ferai à la dame), Alina Reyes se plaint plus de l'omertà exercée contre elle par les médias en cette — fastidieuse, monotone, ploum-ploumesque — rentrée littéraire (on sait que le Doge a de puissants relais dans la presse) que des « emprunts » à son imaginaire, emprunts que, moi, j'appelle un plagiat, ni plus, ni moins, quoi qu'en pense la maussade bourrique Assouline qui, sur son blog, soupçonne Alina Reyes de paranoïa et souffle, entre les quatre poils et demi de sa moustache moisie, deux mots terrifiants pour elle : diffamation et calomnie (il ajoute, magnanime, et tutti quanti, mais l'expression ne fait frémir personne). Pietro Assouline publie, faut-il le rappeler ? chez Gallimard.
À lire Peter Assouline sans avoir lu la défense d'Alina Reyes, on songe tout de suite au classique ressentiment d'un auteur dont l'étoile a pâli et qui voudrait tant briller encore, ou à défaut, qu'un quelconque petit critique même chauve et Moldave écrive au moins dix lignes sur son bouquin, quoi, merde ! Alina Reyes = has been aigrie, pour résumer. Par cette polémique, elle qui les déteste à mourir et qui me semble douce, sinon aimable, Alina Reyes chercherait à (re)faire parler d'elle via son livre, un livre qui, ouin ! semble voué, au mieux, à satisfaire l'équilibre précaire d'une chaise estropiée, vu que personne n'en parle (tandis qu'on parle beaucoup de Cercle, qui fut dans la première sélection pour le Goncourt). Eh bien, moi, je ne crois pas qu'Alina Reyes ait lancé cette affaire pour (re)faire parler d'elle. Sa défense a des accents de sincérité auxquels je crois. De plus, elle-même donne les raisons de cette omertà, raisons lugubres :
« En vérité, tout ceci tient à des questions d’ordre privé. Or, je ne pense pas que, pour des questions d’ordre privé, un éditeur ait le droit de manipuler la presse afin de promouvoir un livre et d’en éliminer un autre », écrit Alina Reyes, comme à contrecœur. Et d'ajouter : « La vérité c’est que tout ceci tient à des questions d’ordre privé entre Philippe Sollers, l’éditeur de Yannick Haenel, et moi. J’ai longtemps parlé par mail à Sollers, et il m’a répondu à travers des livres, entre autres celui de Haënel, qui lui a en même temps servi de contrefeu au mien. »
Commence-t-on à comprendre ? Haenel, auteur diffus et apparemment peu scrupuleux, puise avec largesse et totale absence de honte dans le vivier mental d'Alina Reyes et fait de cette matière, à peine remixée, un livre que publie Sollers avec les sous, la caution, l'aval et tout le tralala publicitaire de Gallimard. Haenel est le petit protégé de Sollers, son successeur, ai-je même lu, voire son fils. Lorsque sort le roman d'Alina, il est clair que Sollers est mal à l'aise. Ordre est donc donné aux amis de la presse littéraire d'ignorer purement et simplement ce livre : de toute façon, la Reyes elle est trop nunuche pour rouscailler, trop peu couillue pour oser piper mot, surtout que moi, Philippe Sollers, rien moins que doge, suis le mâle dominant de toute littérature passée, présente et à venir — amen ! Les ficelles, comme toujours avec Sollers, sont grosses, très grosses, et huileuses de toutes les sales pattes que compte la littérature française contemporaine. Alina Reyes fait-elle mine de se plaindre ? On envoie le barbet Assouline gronder aux pieds de l'impudente, et si ça ne suffit pas, sans doute, on fera en sorte qu'elle ne puisse plus publier nulle-part, hormis peut-être en Moldavie chez un éditeur chauve.
Maintenant, plagiat or not plagiat ? Notion très subjective ! Il n'y a pas contrefaçon, c'est sûr, puisque Haenel n'a pas copié une œuvre existante, mais « seulement » utilisé des thèmes très précis et redondants chez Alina Reyes. Pas loin d'ici, sur Wikipédia, je lis que le plagiat « consiste à s'inspirer d'un modèle que l'on omet délibérément de désigner. Le plagiaire est celui qui s'approprie frauduleusement le style, les idées, ou les faits ». Je ne suis pas juriste, mais selon les éléments donnés par Alina Reyes, nous sommes bel et bien en présence d'un plagiat. Et quoi d'étonnant de la part d'un poulain de l'écurie Sollers, lui qui s'est spécialisé dans le recyclage en série de sucs secrétés par d'autres, lui qui se fit la main en pastichant les grands auteurs et qui n'a jamais cessé, à dire la vérité, de pasticher tout le monde, jusqu'à lui-même.
Affaire à suivre de très, très près.
L'article d'Alina Reyes sur AgoraVox et repris, moins certains commentaires intéressants (1), sur son blog.
Compléments d'Alina Reyes sur le site du Stalker et « préface » de Juan Asensio.
Pedro Assouline, pédagogue et langue de vipère.
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(1) – « Je suis seule, je n’appartiens pas à des réseaux, je n’ai jamais voulu entrer dans ces jeux d’alliances... »
21:01 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Reyes, Haenel, Sollers, Assouline, plagiat





