lundi, 05 mars 2007
Take 2 (Proust à mon chevet)
La mention encadrée [Inutile d'aller plus loin] sur la page de droite est une alerte censée me dissuader de poursuivre au-delà... non ma réflexion, mais mes interventions dans ce cahier dont les dernières pages contiennent des notes et des références qui n'appartiennent pas au journal.
Le texte :
Proust à mon chevet, « pour ajouter au confort de la réclusion la poésie de l'hivernage » — reprise d'une Recherche entamée il y a plus de dix ans et suspendue après Du côté de chez Swann, que je relis donc en ce moment... non sans impatience parfois. Je dois avouer que ces longues et serpentines phrases, aussi belles soient-elles, comme des rubans multicolores et parfumés, souvent me désorientent avant leur terme. Volutes, guirlandes et festons. Le vocabulaire est à la fête : opulent, étourdissant et d'une précision nuancée propre à donner le tournis. Tout l'art de Proust est dans la nuance, dans la fine, superfine émotion. Proust est à la littérature ce que sont les dentellières brugeoises au tricot. Perception psychologique pénétrante. Proust a le regard ample et l'œil aigu. Sa poésie, si fine, si délicate, si friable en fin de compte, exalte autant qu'elle accable. On applaudit à ses trouvailles et en même temps on soupire : « À quoi bon ? » Sa perfection m'indispose, comme chez une femme. Je cherche avidemment (sic) le défaut qui me la fera paraitre aimable et me détourne d'elle si je n'en décèle aucun. J'aime la lenteur et la grâce plus encore, si contraire à mon tempérament. Je préfère toutefois la verdeur et le débraillé — en un mot : le punch. Et Proust en manque, qui traine en chemin, avec de sublimes détours, c'est indéniable, et de capiteuses images, c'est évident. À Proust je préfère donc — question de tempérament sans doute — Dostoïevski et Claus... Loin de moi l'intention de reléguer Proust parmi les auteurs de seconde zone. Il est avec Shakespeare le plus achevé des créateurs et surtout le plus intimidant. Je ne lui reproche donc que d'être un géant — « et quel ! » s'exclamerait M. de Ghelderode.
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