jeudi, 18 octobre 2007
Désolé, bergère...

CETTE NOTE est à mettre en relation avec le point 3.11 (ajouté ce jour) de ma note Sous le pavé le plagiat ?
Désolé, bergère Alina Reyes... Vous aimez les moutons, même muets, plus que vous ne le pensez — ces douces, paisibles et affables bestioles qui viennent brouter dans votre main une herbe si tendre et fraîche ! Vous n'aimez pas les loups en vérité, sinon les loups de papier, qui ne mordent pas. Vous êtes, je crois bien (on vous l'a reproché), idéaliste. La nature, d'accord, mais sans les ronces, sans les orties, sans les remous du marigot, sans les espèces qui piquent, pincent, griffent, mordent, happent, soufflent, rotent, ruent, puent. Vous n'aimez la nature que propre, polie, aimable et toute bruissante du gazouillis des elfes. Werther le soupirant, au pied de son arbre, rêvait comme vous d'une nature débarrassée des fauves, de la vermine, des poisons — une nature idéalisée, bienveillante, accorte sous son plafond de nuages roses en tutu.
Je me suis surpris l'autre jour à penser que vous souffriez peut-être, à l'égard de votre tortionnaire, le pourtant bien fade et incolore Haenel, du fameux syndrome de Stockholm. En somme, si les médias parlaient davantage de votre bouquin et un peu moins peut-être de celui de Haenel, vous ne trouveriez rien à redire. Vous l'écrivez vous-même d'ailleurs quelque part sur votre blog. Vrai ou faux ? Dans le titre même de votre premier article sur l'affaire, vous dénoncez l'omertà et ne parlez que plus loin du plag... du pillage, pardon. Pour vous, c'est donc l'omertà imposée sur votre bouquin qui s'avère le plus choquant. Libre à vous, bien sûr, d'enfiler le jupon (l'accessoire) par-dessus la robe (le principal). Concevez que cela puisse me surprendre, moi et d'autres, qui sait.
Syndrome de Stockholm, disais-je. Vos mails à Haenel, ceux du tout début du moins... Les découvrant, un mot m'est venu à la bouche : minauderies. Ce n'est pas un gros mot. J'ai même dit à ma femme quelque chose comme : « Ça fleure tout de même un peu la romance. » Et elle de me lancer un sec : « Pas du tout ! » qui me laissa perplexe une demi-seconde. Le « mouton muet » vous broute trois doigts et vous le rassurez : « Mais je vous aime beaucoup, vous et Meyronnis... » Et Sollers aussi, bien sûr, que vous aimez, lui, très fort. Doivent bien rire, rue Sébastien-Bottin... Je le vois d'ici, le Sollers, et l'autre demi-matou qui ronronne à ses pieds : « Merci, oh merci, Maître ! » Vous donnez cent preuves que ces soudards vous ont violée et vous restez bien calme, je trouve. Votre gentillesse, pardonnez-moi, confine à l'ingénuité. J'avais pourtant cru comprendre que vous aviez souffert, au point de tout fermer, site et blog — au point même de tuer Alina Reyes pour redevenir simplement Aline Nardone, comme à l'état-civil. Imaginez-vous Jules Romains signant désormais ses livres Farigoule, ou Jean Tenenbaum réenregistrant « Potemkine » ? Vous sortez donc, après de longs et douloureux mois, comme d'un hôpital où vous avez failli crever, de Forêt profonde. Vous êtes, croit-on, guérie. Et voici que dans le parking même de l'hôpital, deux brutes avinées vous sautent dessus, vous violent, et... et... vous n'êtes pas si fâchée que ça, dans le fond, vous êtes seulement déçue que les gazettes n'en parlent pas ! Encore un peu et vous excusez vos agresseurs ! J'exagère, oui — mais tant que ça ?
Il me semble que si on me faisait ce coup-là, c'est à coups redoublés de batte de base-ball dans les roustons que je règlerais l'affaire, au lieu de gémir un tout petit peu, avec trois larmes à l'œil pour ressembler à ces misérables portraits d'enfants tristes qui décorent les manteaux de cheminées chez les paysans. Vous n'étes pas méchante, je l'ai compris. On peut n'être pas méchant et le devenir avec la plus grande légitimité, selon la nature de l'offense, du crime dont on est la victime. Et, me semble-t-il, ce que Haenel vous a pris, c'est pire que son pucelage pour une gamine violée. Est-il un pire crime, pour un écrivain, que d'être violé psychiquement ? Qu'espérez-vous ? Régler ça à l'amiable ? Vous avez l'air d'attendre encore, et toujours, que Haenel reconnaisse enfin son forfait et bafouille une excuse — ou peut-être que Sollers, magnanime, le cœur fendu par vos douces et tièdes larmes, commande à ses amis trois jolis articles sur votre bouquin dans les gazettes où le potentat des lettres a ses entrées ?
Asensio et moi avons été les premiers à prendre fait et cause pour vous et à nous démener de sorte que l'affaire soit connue du plus grand nombre. Je vous ai consacré un premier article, puis un second, enfin un troisième, très long, en guise de récapitulatif et de synthèse, qui m'a coûté des heures de travail. Je n'attendais pas spécialement que vous me récompensiez par un os. Vous m'avez remercié ici même à diverses reprises et j'étais content, comme d'un devoir accompli. Là-dessus vous commencez, sur votre blog, à remercier chaleureusement vos soutiens, des soutiens que je trouve, pardonnez-moi, bien peu bruyants, surtout comparés au mien, à celui de Juan : cinq ou dix lignes de réconfort par blog, pas davantage. Je commence à me poser des questions, naturellement. Qu'ai-je fait ou n'ai-je pas bien fait pour mériter cette ignorance au goût prononcé de dédain ? Je me dis : « Voilà. Comme je n'ai rien lu d'elle et que je ne suis donc pas suspect de l'admirer comme Dominique Autié ou le libraire Castelneau, je n'existe pas pour elle. » Tant pis, ma foi !... sauf que je déteste par-dessus tout consacrer des heures de peine pour défendre quelqu'un qui ne m'en sait pas gré. Je vous écris donc pour vous faire part de mon étonnement. Et vous me répondez quoi ? Que vous n'êtes pas bien sûr que je veuille vraiment défendre votre cause, que mon attitude est ambigüe, que j'ai mis des liens qui desservaient votre cause... Stupeur de ma part, et tremblements ! Vous ne semblez pas croire possible qu'on puisse ne pas être un lecteur de vos mirifiques œuvres et prendre à cœur votre affaire. Je me démène un peu trop à vos yeux pour être vraiment sincère. Et pourtant, ma chère... Voici ce que j'écrivais au Stalker : « Que l'accusé soit le poulain de Sollers n'est évidemment pas étranger à mon activisme, mais j'aurais agi de même si elle avait accusé le pape de lui avoir volé les motifs d'une encyclique. Bordel ! C'est une question de principe et voilà tout. Qu'elle soit femme, nègre ou youpin n'entre pas en considération. Ses arguments m'ont tout simplement convaincu. »
Que vous dire de plus ? Peut-être pensez-vous que je cherche à faire reluire mon nom à la lumière du vôtre. Je vous le dis tout net : si mon nom doit reluire un jour, ce sera pour l'avoir astiqué tout seul. Je ne me plains pas d'être inconnu, puisque je ne fais rien, strictement rien, pour être connu. Quant à mon blog, je me fiche pas mal de son audience. Si je voulais « booster » son audience, je serais plus régulier dans mes notes (je peux rester deux mois sans rien écrire, et vous savez que c'est mortel pour un blog) ou je l'inscrirais partout où c'est possible. Si je me suis étonné que vous n'ayez pas jugé nécessaire de « linker » mes articles, ce n'est donc pas par déception de bloggeur délaissé, c'est par réaction d'homme secourable rebuté par la personne qu'il estimait de son devoir de secourir. Si je dois prendre des coups de parapluie sur la gueule de la part de la vieille dame que j'aide à se relever après une cabriole sur le trottoir, étonnez-vous que la prochaine fois je passe mon chemin...
Je vous ai écris le 17 au matin un second mail demeuré vierge de toute réponse. Je pensais pourtant que vous haïssiez les lettres mortes. S'agissant de MA correspondance privée, et comme je ne révèle rien qui puisse vous nuire, je le donne ici pour couper cours à toute éventuelle rumeur que je serais un agent double, un infiltré du gang sollersien.
Je ne suis pas assis bien haut, mais là, j'en tombe le cul par terre... Ambigu, moi ? Vous faire justice, c'est vous aider à confondre le plagiaire, non ? Est-ce ce qu'ont fait Dominique Autié ou Castelneau le libraire ? Ils n'ont fait que vous appuyer, l'un par amitié, l'autre par estime littéraire. Moi, je le fais gratuitement, sans rien penser de vous sur aucun plan, ni en bien, ni en mal, si ce n'est que je vous crois quand vous accusez Haenel, parce que je vous « sens » honnête (question d'instinct aussi). Mais soit, si vous préférez la blanche solitude...
Où voyez-vous que j'ai mis des liens qui pouvaient vous desservir ? J'ai mis des liens vers des sites qui parlent de l'affaire, pour informer le lecteur. C'est tout de même assez curieux que vos détracteurs soient tous issus de la presse de gauche très favorable à Sollers (Nouvels Obs, Le Monde, Courrier International). Cela tend à démontrer l'omertà que vous dénoncez, et dont je suis convaincu pour ma part. Il me semble que si on veut bien faire confiance aux lecteurs neutres et intelligents, ceux-ci comprendront tout de suite que cette affaire pue le complot, que vous n'êtes évidemment pas la has-been aigrie, jalouse, que voient en vous les Assouline et autres sagouins. En fait, mon tort dans cette affaire, à vos yeux, est de n'être pas un de vos lecteurs, soit un partisan d'Alina Reyes, quoi qu'elle écrive, chante ou danse.
Pour mon montage, c'est ironique, voyons ! Le gars pompe chez vous tous ses motifs ou peu s'en faut, si bien que vous êtes, à votre corps défendant, un peu l'auteur de Cercle. Il faut voir ce montage comme une caricature, avec tout ce que la chose comprend d'exagéré. Personne ne croit évidemment que vous puissiez prétendre à être effectivement l'auteur de Cercle, chose que vous ne revendiquez bien sûr pas.
Je ne vous en veux pas. N'empêche que je suis assez vexé de me voir taxé d'ambigüité. Pour une fois que je défends au lieu d'attaquer...
Seule ou non, je vous souhaite de l'emporter... au Paradis, bien sûr !
22:45 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Alina Reyes, Yannick Haenel, plagiat
dimanche, 14 octobre 2007
Sous le pavé le plagiat ?
« Cercle » vicié ? — In omertà veritas ?

Les protagonistes (notices biographiques de Wikipédia)
Yannick Haenel — Yannick Haenel est né en 1967, il a co-dirigé la revue Ligne de risque à partir de 1997. Il est aussi professeur de français. Il a publié plusieurs romans, dont Introduction à la mort française et Évoluer parmi les avalanches, un essai sur les tapisseries de la Dame à la Licorne : À mon seul désir. Il a co-dirigé deux volumes d’entretiens : Ligne de risque et Poker, entretiens avec Philippe Sollers. Yannick Haenel vient de publier dans la collection L'infini, dirigée par Philippe Sollers, Cercle (éd. Gallimard), l'un des romans de la rentrée littéraire.
Alina Reyes — D'abord journaliste pigiste, Alina Reyes se consacre très rapidement à la littérature après un séjour d'un an à Montréal. Alina Reyes acquiert une certaine notoriété avec le succès de son premier roman Le Boucher en 1988, traduit en plusieurs langues et adapté au théâtre. Comme dans Le Boucher, ses nombreux romans ou essais sont l'expression d'un érotisme contemporain qui s'exprime de façon libre, spirituelle, anti-conformiste, ludique et parfois même politique comme dans Moha m'aime. Elle vit entre Paris et les Pyrénées.
Les faits
1° Actualité
Fin août 2007 sortent simultanément (le même jour !) Cercle, de Yannick Haenel (501 pages), chez Gallimard / Sollers, coll. L'Infini, et Forêt profonde, d'Alina Reyes (376 pages), aux Éditions du Rocher.
2° Rétroactes
Trois années durant, sur son blog, Alina Reyes rédige des textes qui seront la matrice de son roman Forêt profonde. Courant septembre 2007, elle se plonge dans la lecture de Cercle et rapidement est la proie d'un malaise : le sentiment de plus en plus vif que l'auteur de Cercle s'est « inspiré » largement de son propre travail, de sa propre matière, pour écrire son pavé. Elle écrit à l'auteur au fur et à mesure de sa lecture et celui-ci reste muet. Les semaines passent et Alina Reyes constate à l'égard de son roman (son meilleur, selon elle), une étrange omertà, tandis que le tambour médiatique résonne à plein pour le roman de Haenel, chouchou de Philippe Sollers. Cercle figure dans les premières sélections pour les prestigieux prix Goncourt et Médicis. Forêt profonde croupit.
3° Actes (Apocalypsis)
3.1 — Le 8 octobre, sur son blog À mains nues, ressuscité pour la cause, et sur AgoraVox, Alina Reyes dévoile le pot aux roses. Extrait : « J'ai écrit à plusieurs reprises à Yannick Haënel pour lui demander s'il était conscient ou non de ces emprunts, sachant que les manuscrits d’Alina Reyes, y compris les premiers états de Forêt profonde, ont été envoyés chez Gallimard. »
3.2 — Le 9 octobre, Pierrick « Moustache » Assouline, sur son blog hébergé par Le Monde, publie un billet, Alina Reyes accuse, où l'accusatrice est soupçonnée de paranoïa et renvoyée à ses profondeurs forestières. Extrait : « l’écrivain (...) doit impérativement produire les pièces de l’accusation : comparaison des passages, pertinence de la contrefaçon, etc. Sinon, c’est diffamation, calomnie et tutti quanti. S’il s’avère que c’était le seul moyen de faire parler de Forêt profonde, ça risque de lui coûter cher. » Les pièces de l'accusation fournies par Alina « Parano » Reyes (voir 3.3) sont passées sous silence par Assouline qui, par confraternité éditoriale (Assouline est publié chez Gallimard), introduit plus tard dans sa note un lien (voir 3.5) vers la réaction officielle de Yannick Haenel, et après quelques jours (le temps de la réflexion, celui du doute ?) consent enfin à mettre un lien vers la réponse de la bergère Reyes (voir 3.8) au loup Haenel sur Bibliobs.com.
3.3 — Le 11 octobre, Juan Asensio, sur son blog Stalker, donne la parole à Alina Reyes (Quand Haenel pâture Reyes) et celle-ci livre sa version des faits, avec force et troublants détails mettant en lumière le pillage dont elle a fait l'objet. Extrait justifiant le titre : « Quelle mouche a donc piqué ce mouton muet, Yannick Haenel, pour qu’il vienne brouter mes vertes prairies ? »
3.4 — Le même jour, assez convaincu par les arguments d'Alina Reyes, je publie un premier article ici même, intitulé Alina Reyes contre les chacals, avec image suggestive. Extrait : « Commence-t-on à comprendre ? Haenel, auteur diffus et apparemment peu scrupuleux, puise avec largesse et totale absence de honte dans le vivier mental d'Alina Reyes et fait de cette matière, à peine remixée, un livre que publie Sollers avec les sous, la caution, l'aval et tout le tralala publicitaire de Gallimard. »
3.5 — Tandis que je rédige l'article susdit, Yannick Haenel, alerté par une amie (Pierrette Assouline ?) répond à Alina Reyes sur Bibliobs.com (article daté du 10 octobre) : Son comportement relève de la calomnie. Extrait : « Autrement dit, elle se sert de mon roman pour essayer de faire parler du sien. »
3.6 — Le 11 octobre, publication de la seconde et dernière (?) liste des livres sélectionnés pour le Prix Médicis du roman. Cercle, de Yannick Haenel, y figure. Le livre figurait dans la première sélection pour le Goncourt, mais a été exclu de la seconde dès le 2 octobre (aucun ouvrage publié par Gallimard n'a survécu).
3.7 — Le 12 octobre, sur ce blog, en réaction à la mise au point de Yannick Haenel, je consacre à l'affaire un second article. Extrait : « (...) pourquoi est-il fait un si grand tintouin autour du roman de Haenel, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il semble exciter plus de sarcasmes que de louanges, sauf, bien entendu, chez les cobras hypnotisés par le charmeur Sollers ? Parce que si Sollers décide de sortir à la rentrée littéraire un pesant volume de 500 pages écrit par son disciple, ce n'est pas pour qu'il croupisse dans l'ombre du roman d'une quelconque Alina Reyes. D'où le soupçon légitime d'Alina : on ne parle pas de son livre en raison d'une omertà, et non d'une indifférence esthétique. »
3.8 — Le même jour, sur Bibliobs.com, réponse d'Alina Reyes à la mise au point de Yannick Haenel : Que resterait-il de votre livre sans ce pillage ? Extrait : « Ce livre, votre livre, a été élaboré pour faire un coup, le coup de la rentrée dont vous rêviez, vous qui avec Meyronnis jalousez tant Houellebecq et Littell. Et par la même occasion, mettre le mien, Forêt profonde, le pillé, qui était gênant, dans l'ombre. Si je me trompe, dites-le moi ! »
3.9 — Le 13 octobre, sur son blog, Alina Reyes entreprend un relevé systématique et thématique des motifs empruntés par Haenel à son univers.
3.10 — Le 15 octobre, article cinglant de Jean-Louis Cloët dans la Revue Polaire (De la récupération considérée comme un des beaux-arts, sous-titré : Poupée du PAF, Monsieur Philippe Sollex fait ses adieux à la scène… Extrait : « Haenel s'est spécialisé dans la lingerie fine, et les différentes parties — vénitiennes ou pas, vénériennes ou non — qui s'y associent. N'ayant guère d'imagination dans la matière, paraît-il, il paraît qu'il ne dédaignerait pas d'aller chercher des idées chez ses collègues qui ont plus de pratique et d'expérience que lui. » (Merci au Stalker pour ce lien).
3.11 — Le 17 octobre, tout de même assez surpris que, tandis qu'elle remercie Pierre, Paul, Jacques et toute leur famille pour leur soutien, à aucun endroit Alina Reyes ne mentionne mon nom ou l'existence de ce blog, je l'interroge par mail et reçois d'elle la stupéfiante réponse suivante (que je résume avec ses mots à elle) : « Je sens de plus en plus que je dois me battre seule... Je ne pense pas que vous vouliez vraiment me défendre. Votre façon de procéder est très ambiguë... » À mon second mail de protestation (courtoise), Alina Reyes n'a pas daigné répondre (vous vous souvenez qu'elle se plaint que Haenel n'ait pas non plus répondu à ses différents mails). J'ai par conséquent choisi de ne plus la soutenir qu'en silence. Quand la dame dont la maison brûle passe son temps à remercier la terre entière mais pas (ou si peu) l'un des premiers pompiers arrivés sur les lieux du sinistre, pompier auquel, au surplus, elle reproche de porter une veste d'une couleur qu'elle déteste, vous comprendrez aisément que celui-ci abandonne sa lance et croise les bras, tout en regardant, sans mot dire, sans joie ni colère, plutôt avec tristesse, la maison se consumer.
4° Miscellanea & curiosa
4.1 — Alina Reyes n'a pas poursuivi sa lecture du roman de Haenel. Elle apprendra par le biais d'une critique de Cercle sur le Web, qu'un personnage du livre se nomme Anita Dark, reine du X, dont Alina se demande : « le côté obscur de la force d’Alina Reyes ? » Les prénoms sont étrangement proches : Alina / Anita. Reyes en espagnol signifie rois, et si Anita Dark, dans le roman de Haenel (à considérer que ce soit bien le sien) est la reine du X, Alina Reyes a débuté en fanfare sa carrière d'écrivain par un roman érotique, Le boucher, que suivront d'autres livres qui lui vaudront d'être considérée un peu comme la reine de l'érotisme contemporain en littérature (voir la notice biographique d'Alina sur Wikipédia).
4.2 — L'affaire s'internationalise avec un article (13 octobre) en néerlandais sur le blog De papieren man du belge Dirk Leyman : Alina Reyes schopt wild om sich heen.
11:05 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (24) | Envoyer cette note | Tags : Alina Reyes, Yannick Haenel, plagiat
vendredi, 12 octobre 2007
Alina Reyes contre les chacals (2)

AU MOMENT OÙ je publiais la note précédente, Yannick Haenel faisait paraître sur Bibliobs.com une mise une point relayée sans délai, et peut-être sur commande, par Petrus Assouline. Ce dernier, bien entendu, se garde de signaler à ses lecteurs l'existence des pièces de l'accusation, pièces par lui exigées pourtant et fournies par Alina Reyes chez le Stalker. Les deux parties n'étant pas traitées équitablement, j'ai jugé bon de laisser chez Assouline ce commentaire (le 61ème dans l'ordre) qui risque peu d'apparaître, vu que je ne manipule pas la brosse à faire reluire le poil des chacals, en plus de mentionner le nom très honni du Stalker. Voici mon commentaire :
Assouline, vous n'êtes pas honnête. Vous demandez à Alina Reyes de « produire les pièces de l'accusation », ce qu'elle fait sur le blog du Stalker, et vous taisez soigneusement cette information, tout en interdisant à la dame l'accès à vos commentaires ici, si bien qu'elle ne peut, elle, se défendre contre les accusations de paranoïa, de calomnie et de diffamation que vous portez contre elle. Comme elle ne réagit plus, vos lecteurs pensent que vous l'avez mouchée, alors que vous l'avez simplement bâillonnée. Par contre, vous n'hésitez pas à mettre en lien la réponse de Haenel, par évidente complicité : vous et lui avez le même éditeur, et pas n'importe quel éditeur, mais le puissant Gallimard. La moindre des choses serait de traiter équitablement les deux parties, de permettre à vos lecteurs de se faire une idée à travers les pièces du dossier et non plus à travers votre seul jugement qui, ne vous en déplaise, ressemble fort à une exécution sommaire.
La mise au point de Yannick Haenel sur Bibliobs.com est précédée d'un chapeau où je décèle déjà plus un mensonge qu'une erreur : Alina Reyes ne reproche pas à Haenel d'avoir lu trop attentivement son roman Forêt profonde, puisque celui-ci n'existait pas encore pendant que Haenel écrivait Cercle, mais d'avoir éhontément puisé dans la matière, exposée sur le Net trois années durant, dont Alina Reyes a fait Forêt profonde. Haenel ignorait sans doute, rédigeant son pensum, que de son côté, avec la même matière, sa matière à elle, Alina Reyes rédigeait un roman. On peut tout de même concevoir l'amertume d'un auteur qui, son livre à peine sorti, retrouve ses motifs exploités dans le livre du poulain préféré de Sollers, livre tout de suite retenu dans la sélection préliminaire pour le Goncourt, tandis que le roman original d'Alina Reyes est curieusement, semble-t-il, ostracisé par les médias, ignoré par les libraires et relégué par la FNAC dans un rayon inapproprié. Il est possible évidemment que le roman d'Alina Reyes passe inaperçu du fait du nombre incroyable de romans sortis, ou manque de quoi exciter la verve des critiques. Mais alors pourquoi est-il fait un si grand tintouin autour du roman de Haenel, dont le moins qu'on puisse dire est qu'il semble exciter plus de sarcasmes que de louanges, sauf, bien entendu, chez les cobras hypnotisés par le charmeur Sollers ? Parce que si Sollers décide de sortir à la rentrée littéraire un pesant volume de 500 pages écrit par son disciple, ce n'est pas pour qu'il croupisse dans l'ombre du roman d'une quelconque Alina Reyes. D'où le soupçon légitime d'Alina : on ne parle pas de son livre en raison d'une omertà, et non d'une indifférence esthétique. Là où on est tenté de lui donner raison, c'est en constatant que toute la clique journalistique pro-Sollers manifeste une prompte et curieuse virulence à l'endroit, non du supposé plagiaire, mais de la plaignante qui, elle, expose sa cause avec plus d'agacement que de colère. Assouline (Le Monde) la traite de paranoïaque et lui suggère de consulter un psychologue, en plus de brandir le spectre ignoble d'une plainte en calomnie et diffamation. Benoît Delmas, sur son blog Western Culturel (hébergé par Courrier International), exécute en dix courtes lignes Alina Reyes : elle sombre dans la paranoïa, son accusation est grotesque (mais comment le sait-il ?), elle n'a « jamais marqué les esprits par son talent littéraire » (est-ce le sujet ?), est, pour conclure, une imbécile que le plumitif Delmas, après avoir lancé une fleurette à Pier-Paolo Assouline pour son « pertinent blog », conseille à Haenel d'oublier en vidant un whisky à sa santé (sa santé mentale à Alina, que l'on devine déficiente). Et pour conclure, à moins qu'il n'y en ait d'autres, la mise au point de Haenel sur Bibliobs.com (Le Nouvels Obs).
Outre l'omertà, que l'on observe sans pouvoir la prouver et que l'on ne peut briser qu'en parlant, l'affaire tourne donc autour de l'idée de plagiat, non d'une œuvre, mais de l'imaginaire d'un auteur, une sorte de viol psychique, en somme. Haenel évidemment s'insurge, après avoir feint de croire qu'Alina lui reproche d'avoir lu trop attentivement son livre. Le problème est que Haenel ne semble pas s'être inspiré en empruntant des thèmes généraux à Alina Reyes, mais en se servant de la matière brute exposée trois ans durant sur le blog de son accusatrice. Les motifs dont l'emprunt est reproché à Haenel sont plus précis qu'il ne veut l'admettre, comme le démontre Alina dans son article chez le Stalker. Ils sont si nombreux et si précis qu'ils donnent le vertige. Il ne s'agit pas uniquement d'oiseaux, de loups, d'amour, de fleurs ou de Paris, mais de motifs souvent utilisés par Alina Reyes, qui ne sont la trame de ses livres que parce qu'ils sont la trame de sa vie, et qu'elle expose dans divers livres. Je ne sache pas que Yannick Haenel fasse de la danse, ni qu'il porte volontiers une certaine robe coquelicot avec des bas mauves. Alina évoque aussi des lieux que l'on retrouve tels quels dans Cercle, jusqu'à deux noms de bistrots cités par Alina dans de précédents ouvrages, sans oublier le recours à des gravures de Dürer (trois chez Reyes, une chez Haenel). L'excès de coïncidences abolit tout hasard. D'autant que ce n'est pas uniquement pour ce livre-là qu'Alina Reyes se plaint. Si des thèmes identiques ou connexes sont inévitablement partagés par beaucoup d'écrivains, il s'agit en général de thèmes globaux : l'inceste, l'enfance, la folie, la guerre, etc., et non de motifs aussi précis que, par exemple, une tapisserie exposée au musée de Cluny (un roman d'Alina Reyes paru en avril 2004 est entièrement brodé autour de la Dame à la licorne, et cette tapisserie a fait l'objet d'un livre de Haenel paru, lui, en mars 2005).
L'affaire ne devrait pas en rester là. Alina Reyes semble peu soucieuse de porter l'affaire devant les tribunaux : elle n'en a ni l'envie, ni les moyens — mais son éditeur, les Éditions du Rocher ?
PS — Comme prévu, Piotr Assouline n'a pas publié mon commentaire. La vérité sur cette affaire intéresse décidément peu ce petit monsieur, ce piètre journaliste et ce piètre écrivain.
11:50 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (21) | Envoyer cette note | Tags : Reyes, Haenel, Sollers, Assouline, plagiat
jeudi, 11 octobre 2007
Alina Reyes contre les chacals

JE CONFESSE n'avoir jamais lu d'Alina Reyes le moindre livre. Je la connais un peu via son défunt blog. Je n'ai jamais éprouvé le besoin d'exercer sur elle mes crocs jaunes de rat. Elle me semble, humainement, sympathique. Outre la pratique des belles-lettres, nous avons en commun elle et moi de préférer toujours la nature à ce truc-machin granguignolesque : la Littérature. Et voici, la pauvre, que la littérature semble avoir décidé de lui jouer un très pendable tour sous la double forme d'une omertà et d'un « plagiat » (les guillemets, parce que la plaignante se refuse à employer ce terme pour décrire ce qui, au vu des éléments fournis, pue le plagiat à plein nez).
Trois années durant, Alina Reyes a tenu sur son blog un journal qui a été la matrice d'un roman publié depuis aux Éditions du Rocher: Forêt profonde. Jusque-là tout va bien. Dans le même temps, chez Gallimard, l'épicier très connu (et ex-éditeur d'Alina Reyes), sortait un épais — et, semble-t-il, indigeste – roman intitulé Cercle, signé Yannick Haenel. L'affaire se corse quand, courant septembre, la bénévole Alina, mettant tout son cœur à l'ouvrage, se plonge dans la lecture de Cercle et découvre, stupéfaite, que son auteur semble s'être, lui aussi, surabondamment inspiré des travaux préliminaires qui ont donné Forêt profonde. Les preuves qu'elle donne du forfait sont accablantes pour Haenel, pour Gallimard en général et pour Sollers (!) en particulier (le livre de Haenel est paru dans la collection L'Infini, dirigée, ou plutôt régenté par celui qu'un facétieux ami à moi nomme avec une grande justesse « le doge de la bêtise »).
Curieusement (et c'est le seul reproche que je ferai à la dame), Alina Reyes se plaint plus de l'omertà exercée contre elle par les médias en cette — fastidieuse, monotone, ploum-ploumesque — rentrée littéraire (on sait que le Doge a de puissants relais dans la presse) que des « emprunts » à son imaginaire, emprunts que, moi, j'appelle un plagiat, ni plus, ni moins, quoi qu'en pense la maussade bourrique Assouline qui, sur son blog, soupçonne Alina Reyes de paranoïa et souffle, entre les quatre poils et demi de sa moustache moisie, deux mots terrifiants pour elle : diffamation et calomnie (il ajoute, magnanime, et tutti quanti, mais l'expression ne fait frémir personne). Pietro Assouline publie, faut-il le rappeler ? chez Gallimard.
À lire Peter Assouline sans avoir lu la défense d'Alina Reyes, on songe tout de suite au classique ressentiment d'un auteur dont l'étoile a pâli et qui voudrait tant briller encore, ou à défaut, qu'un quelconque petit critique même chauve et Moldave écrive au moins dix lignes sur son bouquin, quoi, merde ! Alina Reyes = has been aigrie, pour résumer. Par cette polémique, elle qui les déteste à mourir et qui me semble douce, sinon aimable, Alina Reyes chercherait à (re)faire parler d'elle via son livre, un livre qui, ouin ! semble voué, au mieux, à satisfaire l'équilibre précaire d'une chaise estropiée, vu que personne n'en parle (tandis qu'on parle beaucoup de Cercle, qui fut dans la première sélection pour le Goncourt). Eh bien, moi, je ne crois pas qu'Alina Reyes ait lancé cette affaire pour (re)faire parler d'elle. Sa défense a des accents de sincérité auxquels je crois. De plus, elle-même donne les raisons de cette omertà, raisons lugubres :
« En vérité, tout ceci tient à des questions d’ordre privé. Or, je ne pense pas que, pour des questions d’ordre privé, un éditeur ait le droit de manipuler la presse afin de promouvoir un livre et d’en éliminer un autre », écrit Alina Reyes, comme à contrecœur. Et d'ajouter : « La vérité c’est que tout ceci tient à des questions d’ordre privé entre Philippe Sollers, l’éditeur de Yannick Haenel, et moi. J’ai longtemps parlé par mail à Sollers, et il m’a répondu à travers des livres, entre autres celui de Haënel, qui lui a en même temps servi de contrefeu au mien. »
Commence-t-on à comprendre ? Haenel, auteur diffus et apparemment peu scrupuleux, puise avec largesse et totale absence de honte dans le vivier mental d'Alina Reyes et fait de cette matière, à peine remixée, un livre que publie Sollers avec les sous, la caution, l'aval et tout le tralala publicitaire de Gallimard. Haenel est le petit protégé de Sollers, son successeur, ai-je même lu, voire son fils. Lorsque sort le roman d'Alina, il est clair que Sollers est mal à l'aise. Ordre est donc donné aux amis de la presse littéraire d'ignorer purement et simplement ce livre : de toute façon, la Reyes elle est trop nunuche pour rouscailler, trop peu couillue pour oser piper mot, surtout que moi, Philippe Sollers, rien moins que doge, suis le mâle dominant de toute littérature passée, présente et à venir — amen ! Les ficelles, comme toujours avec Sollers, sont grosses, très grosses, et huileuses de toutes les sales pattes que compte la littérature française contemporaine. Alina Reyes fait-elle mine de se plaindre ? On envoie le barbet Assouline gronder aux pieds de l'impudente, et si ça ne suffit pas, sans doute, on fera en sorte qu'elle ne puisse plus publier nulle-part, hormis peut-être en Moldavie chez un éditeur chauve.
Maintenant, plagiat or not plagiat ? Notion très subjective ! Il n'y a pas contrefaçon, c'est sûr, puisque Haenel n'a pas copié une œuvre existante, mais « seulement » utilisé des thèmes très précis et redondants chez Alina Reyes. Pas loin d'ici, sur Wikipédia, je lis que le plagiat « consiste à s'inspirer d'un modèle que l'on omet délibérément de désigner. Le plagiaire est celui qui s'approprie frauduleusement le style, les idées, ou les faits ». Je ne suis pas juriste, mais selon les éléments donnés par Alina Reyes, nous sommes bel et bien en présence d'un plagiat. Et quoi d'étonnant de la part d'un poulain de l'écurie Sollers, lui qui s'est spécialisé dans le recyclage en série de sucs secrétés par d'autres, lui qui se fit la main en pastichant les grands auteurs et qui n'a jamais cessé, à dire la vérité, de pasticher tout le monde, jusqu'à lui-même.
Affaire à suivre de très, très près.
L'article d'Alina Reyes sur AgoraVox et repris, moins certains commentaires intéressants (1), sur son blog.
Compléments d'Alina Reyes sur le site du Stalker et « préface » de Juan Asensio.
Pedro Assouline, pédagogue et langue de vipère.
__________
(1) – « Je suis seule, je n’appartiens pas à des réseaux, je n’ai jamais voulu entrer dans ces jeux d’alliances... »
21:01 Publié dans Banalités phénoménales | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : Reyes, Haenel, Sollers, Assouline, plagiat





